Catégorie : Actualité

  • Marcus McAllister : d’une frontière à l’autre en se laissant guider par le rêve de la peinture.

    Marcus McAllister : d’une frontière à l’autre en se laissant guider par le rêve de la peinture.

    Marcus McAllister

    Artiste-peintre français d’origine américaine, installé à Paris depuis presque 30 ans, Marcus McAllister tisse ses images dans un va-et-vient entre carnet, dessin et peinture. Ce mouvement crée des œuvres à multiples lectures, où apparaissent des figures brouillées de symboles et de signes.
    Son travail traverse les frontières avec une spiritualité protectrice de toute forme du vivant.

    La rencontre

    Un jour de mai 2024, Sébastien FRASQUE de « ça se visite » – lien vers son site – me propose d’aller aux journées « Portes Ouvertes de Belleville » pour voir des ateliers d’artistes. Ayant toujours aimé la peinture et ma fille faisant des ateliers d’éveil pictural depuis toujours, je l’accompagne sans hésiter dans le nord du 11e.
    Si chaque atelier d’artiste est différent, celui de Marcus McAllister, au 152 rue Saint Maur, ne peut pas vous laisser indifférent tant l’atmosphère apaisante et joyeuse qui se dégage de ses tableaux est bénéfique. « Il y a de l’âme, de la féerie douce là-dedans et enfin, un profond respect du vivant. Ah, il y a de la connexion ! » me dis-je.

    Fauchée pour lui acheter un tableau, je profite alors de son exposition d’avril 2025, « Le laboratoire de l’alchimiste » à la galerie Polysémie située dans le Marais pour reprendre contact. Je lui propose de l’interviewer pour en savoir plus.
    Cet artiste m’intrigue car je le sens si sûr dans sa démarche artistique et où il doit aller, que je souhaite savoir justement d’où il vient et quel a été son chemin. Il accepte et je repars avec la carte d’un de mes tableaux préférés, « Sérénité ».
    Alors comment un artiste franco-américain et une militante écologiste franco-péruvienne vont pouvoir échanger ? Nous avons en commun, déjà, le fait de traverser les frontières.

    Au printemps 2025, Marcus, tout sourire, m’ouvre sa porte et m’accueille avec sa pointe d’accent américain avec un thé et un cake fait maison. S’il me livre que sa vie de couple avec son homme, le mène vers de nouveaux projets personnels, il me parle aussi de son passé, de son arrivée à Paris, de ses fragments de vie et de ce qui lui importe dans sa vie d’artiste. Il me montre certains de ses tatouages qu’il appelle ses « constellations de mémoire » ou « molécules de pensées », des formes fictives assimilées à des sigils.
    Ainsi, dans l’intimité de son atelier ou plutôt de son laboratoire du 11e, peu à peu, je rentre dans son univers pour mieux en comprendre les messages et réaliser qu’il est en quelque sorte un médiateur entre le monde de l’invisible et celui de la peinture. Il me fait penser un peu à Kupka mais je ne lui dis pas ; tous les artistes sont uniques.
    Et si peindre l’invisible était finalement possible ?

    Origines et formation : Une affirmation de l’être avec force de caractère

    Tu as beaucoup voyagé dans ton enfance étant donné la profession de ton père, notamment en Allemagne et tu es originaire de l’Arkansas. Avec quelles racines tu t’es construit ?

    Oui, j’ai commencé en étant entre deux mondes. Mais en France quand on gratte un peu, tout le monde est un peu d’ailleurs surtout à Paris. Mes amis ont souvent un parent d’origine étrangère. C’est métissé !
    J’ai eu une éducation catholique et je suis allé au Lycée catholique de Little Rock (Arkansas). Dans les années 80, la population catholique était de 3% donc assez minoritaire car là-bas, ce sont plutôt des protestants.

    Marcus à 7-8 ans Texas, États-Unis.


    Au lycée, je disais que je souhaitais retourner en Europe mais en pensant à l’Allemagne et finalement je suis venu en France et voilà !

    Mis à part les Beaux-Arts as-tu bénéficié d’autres enseignements ? Tes études aux Beaux-Arts t-ont-elles permises de t’affirmer ?

    Aux États-Unis c’est plus facile de changer de filière qu’en France. Je n’aurai jamais fait les Beaux-Arts ici car je ne proviens pas d’une famille d’artistes.
    En tant que premier de la classe au lycée, j’étais censé être ingénieur mais j’ai décidé de faire Architecture (sciences et arts) et mes parents étaient à cette époque enthousiastes et disaient « ça c’est sérieux ! ». Puis j’ai changé pour faire du Graphisme. Mais à chaque fois que cela devenait une matière appliquée, je décrochais car ce n’est pas ce que je voulais faire ; ça ne m’intéressait pas.
    J’ai commencé à prendre des cours de peinture en même temps et mes parents s’opposaient ; ils avaient peur et me soutenaient tout de même. À la fin, j’étais indépendant et c’est moi qui payais les prêts, avec mes petits jobs. J’ai fini par obtenir mon diplôme des Beaux-Arts.

    C’est curieux car j’ai connu quelques amis artistes et c’était comme une vocation pour eux tandis que pour toi, le choix des Beaux-Arts a été fait presque par « élimination ». Si je comprends bien cela t’a permis de te libérer de l’influence parentale ?

    Oui il y a un côté « élimination » car j’ai testé d’autres choses. À vingt ans, j’ai fait mon coming out et j’étais avec les garçons et mon père avait dit « Ah ça, c’est les Beaux-Arts ! » alors que c’était faux. À ce moment-là, j’ai vu comme un horizon aussi de pouvoir quitter la famille grâce à la peinture.
    Pour de vrai, je sentais depuis longtemps que la peinture était là en moi et que je voulais faire ça. C’était une affirmation de mon être. La question était de trouver le chemin pour le faire.


    Aux États-Unis, j’ai bénéficié de beaucoup de cours de dessin mais aussi de beaucoup de cours d’Histoire de l’Art. J’ai l’impression que c’est moins conceptuel qu’ici. Après mon diplôme, je ne voulais pas faire de « l’Illustration » ou du « Graphisme » car je pressentais que cela allait prendre toute la créativité et je voulais garder ça pour moi quitte à travailler dans des cafés et à faire plein de jobs pour continuer à peindre.
    J’ai passé ensuite quatre ans à New-York après les Beaux-Arts et là, tout le travail autour de mes carnets est devenu important. Mes carnets étaient la base car je me posais des questions. Là, ce n’était plus pour l’école, ce n’était plus externe. Ma motivation était vraiment interne.

    De New-York à Paris

    J’ai l’impression que ces carnets qui sont de couleur rouge, sont « ton fil rouge ». Malgré les déménagements, le changement de pays, tu les as toujours gardés ?

    Oui j’appelle ça « l’estomac onirique ». Donc c’est comme un organe. C’est aussi comme un pays finalement. Ces carnets, c’est mon territoire. J’ai plus de 35 ans de carnets. Celui qui est en cours est le 145e. Ils sont rouges d’une marque française, Sennelier. J’avais trouvé quelques carnets à New York et en général on n’en trouve pas aux États-Unis et quand je suis arrivé en France, j’ai vu la boutique Sennelier et je continue depuis à les utiliser.
    Ces carnets, c’est effectivement mon fil rouge. J’y écris et dessine mes rêves. Mon travail est très onirique.

    Pourquoi avoir déménagé en France ?

    Je suis allé à New-York sur un coup de tête et j’y suis resté quatre ans mais au bout d’un an, je ne me voyais pas devenir vieux là. Je voulais prendre cette énergie pour aller ailleurs.
    En 1995, la France m’a renversé comme un camion. J’avais rencontré début 1995, une française à New-York qui m’intéressait beaucoup. Nous avons eu une histoire qui a duré plus de deux ans et à présent, c’est l’une de mes meilleures amies. Je n’étais pas aussi homo que je le pensais ! La vie est compliquée. C’est comme ça que je suis arrivé en France, à Paris.
    Je ne parlais pas un mot de français mais je suis du genre à suivre mon instinct. J’ai dû réfléchir pendant longtemps à pourquoi la France. Je n’étais pas particulièrement francophile, ni « Ratatouille » ou « Amélie Poulain ».
    Au lycée, je disais que je souhaitais retourner en Europe. Donc j’avais ce truc de l’Europe du fait de mon vécu en Allemagne. Je suis venu une première fois à Paris, une dizaine de jours et je n’ai eu que de bonnes rencontres ! Paris c’était l’ailleurs que je cherchais ! Je savais que c’était ici. Je me sentais bien.
    J’ai appris le français avec des cours à la Sorbonne pendant un semestre ; j’apprenais les bases tout seul. Je faisais des va-et-vient avec les États-Unis mais en 1997, je me suis installé de manière définitive même s’il y a eu une rupture avec ma copine. Finalement, je n’étais pas en train de venir en France pour elle mais je sentais en France, une énergie où je me sentais chez moi.
    J’ai aussi été attiré par la France car j’ai toujours été féru de Moyen-Âge. J’adore ce que le fantastique du Moyen-Âge véhicule et j’ai beaucoup lu aussi sur l’histoire de cette période. Par exemple, j’ai beaucoup travaillé sur la quête du Graal, la légende arthurienne, etc.
    D’un autre côté, même si je ne suis plus pratiquant, je me sens assez à l’aise en tant que catholique en France même si je ne communie plus.
    Et puis, j’ai vécu à Bâton Rouge en Louisiane où chez les Cajuns, il y a une certaine fierté de leurs racines françaises et ça m’a ouvert une sensibilité pour la France.
    J’étais aussi prédisposé à aimer Paris de part l’Histoire de l’art (le modernisme avec Picasso, surtout la période rose, j’aime la liberté des formes). En fait il y avait beaucoup de choses qui me préparaient à la France.

    Es-tu toujours catholique ?

    Aux États-Unis, je vais à la messe avec ma mère mais je ne communie pas. En France, cela m’est arrivé d’y aller aussi. Je me sens catholique car j’ai été élevé par mes parents avec beaucoup d’amour dans cette religion. Cela m’a donné une structure. C’est plus facile d’abattre ou de bouger les murs de cette structure que de la créer. Mais parfois, j’ai plutôt l’impression que c’est l’Église qui m’a quitté plutôt que l’inverse.
    Concernant la spiritualité, finalement je suis « animiste syncrétique ». Je considère qu’il y a de l’âme en tout. Je suis « syncrétique » dans le sens où je pioche où je veux dans plein de traditions (vaudou, chamanisme mongol, etc.) mais ma langue maternelle est le catholicisme. Par ce biais, j’aborde beaucoup de vérités. Et je préfère dire « oui » à plus de choses que de dire « non ».
    À un moment donné, quand j’étais à l’Université aux États-Unis, j’étais à la fois militant LGBT et aussi très actif en tant que catholique avec un prêtre progressiste. Je naviguais entre les deux et dans chacune des communautés, il y avait des gens qui me disaient : « Non, tu ne peux pas être avec les catholiques » ou « Non, tu ne peux pas défendre le mouvement LGBT ! ».
    Je trouve que les catholiques sont associés en France plutôt à la droite et politiquement parlant, je suis plutôt « Verts » car les socialistes m’ont trop déçu.

    De l’importance du rêve !

    Que dessines-tu dans tes carnets ?

    Mon travail est très onirique mais mes rêves ne sont pas comme mes œuvres.
    Je dis toujours que mon travail ne consiste pas en des illustrations de rêves. Mes rêves ne sont pas comme mes œuvres. Moi, je veux que mes œuvres émergent comme des rêves.
    Je ne dessine pas mes rêves ; je veux que le dessin arrive sur la page du carnet ou sur la toile comme le rêve arrive dans le sommeil. Quand je travaille, je souhaite retrouver une sorte de rêve éveillé.

    Quelles sont tes méthodes de travail pour y parvenir ?

    Je mets des fonds sur les toiles et j’ai des photos de référence. J’ai beaucoup de photos et d’images que j’accumule depuis les Beaux-Arts, classées dans des dossiers. Je prends des images par thèmes des tableaux. J’essaye de voir à partir de ça, j’essaye des trucs, je projette. Je pose un truc et ça me fait partir quelque part ; je pose dans le carnet et d’autres choses arrivent. Je suis toujours en train de touiller. Je n’ai jamais une idée et c’est fini et je l’exécute comme on fait du coloriage. Je tâtonne et je cocrée avec la matière et les images. J’aime la figuration mais trop autrement cela devient de l’illustration et c’est un peu mort car trop figé. Mais trop d’abstraction, ça devient de la décoration. Donc trop de dessin ça tue et pas assez de dessin ça ne décolle pas. C’est vraiment une alchimie à trouver.
    De même, j’essaye de trouver un peu de structure mais pas trop car autrement c’est un carcan et pas assez, tu es dans un marécage. Les deux sont mortifères. Dans mes tableaux, j’essaye de trouver une structure de dessin, de couleurs, de maîtrise, d’être conscient et en même temps de laisser une place à l’ouverture. Et les légendes de mes tableaux sont plutôt, des clés.

    En quoi tes tableaux sont « organiques » selon toi ?

    A mon sens, le thème de la transformation et celui de l’alchimie subtile entre une conscience humaine et animale sont bien présents dans tes tableaux. Comme je le disais auparavant la façon dont je fais venir les tableaux, pour moi c’est vraiment organique. Ce n’est pas conceptuel. Ce n’est pas non plus purement instinctif et cela n’empêche pas d’avoir bien sûr plein d’idées et je me nourris de beaucoup de choses dont la littérature mais j’aime bien que tout cela arrive presque à mon insu. En fait je veux me faire surprendre par mon travail. C’est pour moi le plus important.
    Avec les carnets, c’est un travail quotidien et c’est intéressant d’ajouter petit à petit et de voir ce que ça donne dans le temps.
    Pour moi ce qui organique c’est lié à la connexion, au lien. Par exemple dans la littérature il y a une connexion qui peut se passer entre les êtres crées. Cela provient d’une vraie interaction. L’interaction et la communication créent aussi le vivant. Je suis contre les productions qui proviennent de l’IA ; c’est trop rationnel et ça crée des dégâts écologiques.

    Est-ce que l’inconscient collectif est un sujet qui t’intéresse ?

    J’ai toujours aimé les contes de fées, les légendes et les archétypes. Adolescent, j’aimais le fantastique. Dans mon travail, les animaux représentent souvent le bestiaire médiéval.
    J’ai aussi fait beaucoup de recherches sur les Indiens, le chamanisme de Mongolie et la symbolique des animaux m’intéresse énormément. Et j’ai aussi beaucoup lu Carl JUNG. Je pense que si je n’avais pas fait les Beaux-Arts, j’aurai fini comme psychothérapeute jungien.
    Quand on se connecte aux rêves, il ne faut pas trop rationaliser, car autrement ça se dessèche. Les dictionnaires de rêves, c’est trop sec. Pour moi, tout est vivant et les symboles se transforment. C’est pour cela que j’apprécie le chamanisme car tout est métaphore. Le chamanisme parle de voyages avec d’autres esprits, j’adore tout ça ! Et tout est récit. Le propre de l’humain et du vivant est de créer des histoires. C’est pour ça que je dis que tout est vivant. Ce n’est pas juste la nature au sens naturaliste, les animaux, les plantes, etc. qui est important. C’est le récit qui est important.
    Les animaux de mes tableaux sont importants dans le sens où ils véhiculent des symboles tout comme nous nous véhiculons des archétypes. Il y a cet invisible qui est la métaphore qui est le récit.
    C’est comme les chamanes et leurs liens avec les esprits, c’est le récit que l’on en fait qui est source de vivant et donc ça, c’est l’invisible. J’élargis ma définition du vivant.

    Quelles sont les questions que tu souhaites soulever à travers tes toiles ?

    Mes tableaux sont des questions et non des réponses.
    C’est comme si je trouvais une réponse et c’est à moi de deviner la question.

    Est-ce que tu pourrais nous l’expliquer plus concrètement avec un tableau par exemple ?

    Si on prend ce tableau avec cet homme debout avec ce fond orangé, ensuite j’ai utilisé un pochoir pour faire un fond, le personnage, c’est un homme qui marche c’est un lien avec le chevalier qui part vers une quête. Je place des éléments que je trouve sur mon chemin créatif.
    Ensuite, je prends de la distance pour interpréter cette grammaire, ces éléments de vocabulaire et lui donner un titre. Dans ce tableau, c’est un personnage à la fin d’un conte qui part sur une autre aventure. Pour moi ce tableau, me rappelle qu’il n’y a jamais une fin.
    Pour prendre autre exemple, les cerfs sont présents dans mes carnets depuis toujours. J’ai fait une série d’exposition « Porteur d’éclat » car en faisant le travail sur les cerfs, je me suis interrogé sur leur symbolique.
    Pour moi, les bois des cerfs sont des antennes qui captent et ils sont à la fois enracinés. Le cerf apparaît aussi avec Saint Hubert. Cet aristocrate croise dans la forêt un cerf avec un crucifix dans les bois ; c’est un message du Seigneur. En même temps, le cerf blanc dans la culture celtique est un symbole puissant et associé à l’au-delà. On a aussi dans la mythologie grecque, Actéon dévoré par ses propres chiens et transformé en cerf car il a vu Diane nue, prenant son bain. Pour revenir au Cerf blanc de mon tableau il apporte un éclat, une lumière.
    J’ai fait aussi une exposition sur les mains « Permanence du lien » avec toute la symbolique de la main : la main tendue, les mains soutenantes de mon père, la main qui accueille.
    Je compose mes expositions à travers un vocabulaire que j’ai déjà travaillé. Cela m’encourage à continuer. Pour capter l’invisible, il faut accepter de ne pas savoir où je vais. C’est en faisant en créant que je vois peu à peu où je vais.
    Dans ma peinture, je veux positiver. Je veux trouver le mieux et tendre vers le Bien ici et maintenant. C’est un choix.
    Dans la vie, j’essaye d’être optimiste sans être factice. Je mets des graines positives, et à Paris il faut laisser le temps d’apprivoiser les Parisiens…

    Oui, alors comment s’est passé ton intégration à Paris ?

    Je pense que les Français et les Parisiens adorent l’enthousiasme mais il faut savoir le doser. Un ami américain, m’avait dit qu’en France j’allais avoir du mal car je souriais trop. En fait je n’ai pas eu de problème. Dès mon arrivée, je faisais un petit sourire avec les yeux et les Français adorent le charme.
    Je comprenais aussi les règles de politesse car dans le Sud des États-Unis, la politesse est importante, beaucoup plus que dans le Nord. Il faut bien dire « Bonjour » avant de demander quoique ce soit. Ces codes de la politesse m’ont aidé à m’intégrer.
    Pour la langue française cela a été un peu compliqué. Au début, j’évitais de me rapprocher de l’anglais. C’est l’immersion qui est importante. Je n’ai jamais été aussi fatigué que la première année en France. Je dormais avec le dictionnaire français.
    Maintenant, ici c’est chez moi et je suis français. Quand je vais aux États-Unis il y a des choses qui me choquent. Ce que j’aime dans la vie c’est que tout est changeant. Rien n’est fixe. Il faut l’accepter.

    Ton atelier est rue St Maur, que penses-tu du 11e arrondissement ? As-tu trouvé une sorte « d’enracinement » dans le 11e ?

    J’aime bien le 11e, je suis dans cet atelier depuis 1999. Dans le haut du 11e, c’est très mélangé. Ici par exemple, c’est vraiment chouette d’avoir une synagogue assez orthodoxe juste là, une mosquée assez traditionnelle, là. Il y a cette église qui est juste en face. Il y a des mémés françaises et il y a beaucoup d’homo maintenant aussi ici. Ce n’est plus le Marais car il est devenu trop cher. Donc il y en a beaucoup dans ce quartier. Si tu montes, tu as tous les Tunisiens et il y a ce côté maghrébin vers le boulevard et ensuite il y a un quartier chinois. Et tout ça est là et il y a une bonne harmonie je trouve.
    J’ai connu ce lieu par les Portes ouvertes de Belleville en tant que spectateur en 1996 et 1997. Avant de vivre ici, je recherchais mon atelier dans ce coin. Quand, j’ai emménagé ici, je me suis vite mis en contact avec des amis artistes pour savoir comment m’inscrire afin de participer à ces portes ouvertes. J’y ai exposé en 2000 pour la première fois. Et je participe à chaque printemps aux Portes Ouvertes de Belleville, mon atelier y est ouvert à cette période et aussi pendant l’année, sur RDV (sauf le matin).
    J’ai eu beaucoup de bol de trouver cet endroit. J’y apprécie le pluriculturalisme. Je suis dans cet atelier depuis 26 ans. Je suis bien enraciné !


    Retrouver les œuvres de Marcus McAllister et suivre son actualité :


    Propos recueillis par Karina FRANCO,
    membre du groupe local du 11e, Les Écologistes.

  • aurélie et mohamed BOUKATHEM : nous avançons main dans la main pour un monde plus solidairE

    aurélie et mohamed BOUKATHEM : nous avançons main dans la main pour un monde plus solidairE

    Mohamed et Aurélie BOUKATHEM, fondateur et fondatrice de Sneak’CoeurZ

    Nous avons grandi dans la même ville et fait nos études dans le même lycée, sans jamais nous rencontrer. C’est en 2015, dans la salle de sport de Mohamed, grâce à des amis communs, que nos chemins se sont enfin croisés. Très vite, nous sommes devenus inséparables. Et quelques années plus tard, nous avons fondé une famille avec nos deux enfants.

    2020, la pandémie

    La fermeture de la salle. Mais pour nous, pas question de rester immobiles. Face à l’urgence sociale, on ne pouvait pas rester sans rien faire. Alors on a réagi.

    D’abord avec des collectes alimentaires, puis de textiles. Et un jour, un bénévole est arrivé avec quelques paires de baskets. On a vu clair : il y avait là quelque chose de puissant.

    On a rapidement découvert qu’il existait un vrai vide dans la filière de revalorisation des chaussures.

    La plupart des baskets collectées sont envoyées à l’étranger, sans être triées, ni réparées.

    Pourtant, elles avaient encore tant de potentiel. On a creusé. Mohamed est allé se former chez un artisan à Arras. Il a appris à restaurer, à redonner vie. Il m’a tout transmis.

    Sneak’Cœurz est né.

    Ensemble, nous avons bâti un nouveau projet. Un projet de cœur, un projet de sens.

    Notre concept :

    • Collecter
    • Rénover
    • Redistribuer à ceux qui en ont besoin
    • Ou revendre à prix solidaire

    C’est un modèle circulaire, ancré dans l’économie sociale et solidaire, avec une ambition claire : redonner de la valeur aux objets… et aux personnes. Grâce au soutien de tout l’écosystème de l’ESS, le projet a grandi à une vitesse folle. De quelques paires au départ, nous sommes passés à plus de 30 000 paires collectées et 10 000 rénovées en 2024.

    Notre première boutique à Champs-sur-Marne, bien que chère à notre cœur, est rapidement devenue trop petite. Et puis, Paris nous a ouvert ses bras.

    Le 3 juin 2025, nous avons inauguré notre deuxième boutique rue de Charonne, dans un quartier engagé, au cœur d’une ville profondément tournée vers les valeurs de solidarité. L’accueil a été incroyable.

    Notre boutique est modeste, oui. Mais elle est vivante. C’est plus qu’un lieu de vente. C’est un espace de sensibilisation, d’engagement et de transmission. Un endroit où l’on vient acheter une paire, mais d’où l’on repart avec une prise de conscience.

    Un rêve devenu réalité.

    Chaque paire de baskets restaurée est une seconde chance. Pour celui ou celle qui la portera, mais surtout pour nos salariés en insertion, qui les rénovent avec passion. Ce sont eux les véritables héros de Sneak’Cœurz. Des personnes aux parcours souvent fragiles, cabossés, qui chaque jour relèvent les manches pour nettoyer, réparer, former, transmettre et animer nos ateliers auprès du grand public.

    Et nous ?
    Nous sommes là pour les accompagner, les écouter, les soutenir, les valoriser. Parce qu’au fond, c’est ça le sens de notre projet.

    Et maintenant ?

    Nous voulons aller plus loin. Nous voulons que consommer de la seconde main plutôt que du neuf devienne un réflexe. Que chacun réalise qu’il est plus durable, plus solidaire et plus stylé de rénover plutôt que de jeter.

    Parce qu’aujourd’hui, chaque paire que l’on vend porte une histoire.
    Une histoire de résilience.
    Une histoire d’espoir.
    Une histoire d’humanité.


    Pour nous retrouver

    Boutique Sneak’Coeurz – 141 rue de Charonne – 75011 PARIS

    Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 20h et le samedi de 11h à 20h

    Insta / Tiktok / Facebook : @sneakcoeurz

    Contact presse : angela@sneakcoeurz.org

  • Elisabeth BOSHANDREY : Une chose est sûre, elle ne se fera jamais récupérer par personne compte tenu qu’elle-même récupère tout…

    Elisabeth BOSHANDREY : Une chose est sûre, elle ne se fera jamais récupérer par personne compte tenu qu’elle-même récupère tout…

    Elisabeth BOSHANDREY

    Se lasse-t-on jamais du Sourire ?

    Sa mère est morte. Son père l’a chassé de
    l’atelier où elle vivait avec son enfant. Elle nomadise avec
    un pied cassé.
    Sa vie peut commencer.

    Un jour
    un pied cassé
    lui a appris à marcher

    Papier

    A la rue, hébergée par les amis, elle reçoit,
    comme seule aide de la mairie de Paris, un bon pour
    du beurre gratuit ! Alors en riant, elle écrit :

    Papier gris j’suis saisie
    saisie quoi saisie qui
    j’ai plus rien j’vous dis
    papier gris j’suis saisie
    papier jaune
    bon pour du beurre gratuit
    c’est gentil
    c’est la mairie d’Paris
    y’a qu’une chose
    j’mange pas d’beurre
    papier jaune

    Drôle de vie
    vie d’papiers vie d’cartons
    j’croyais vous avoir rangée
    pour mieux vous brûler
    mais la vie ça m’poursuit
    papier blanc
    vie d’papiers
    couleurs papiers
    d’papiers mâchés
    Pas pied

    Fenêtres, portes et cafés

    Assis devant la fenêtre de la cuisine il regarde la
    respiration du marronnier. Le Temps coule à travers lui. Il
    ne le retient pas.

    Le ciel et moi on se regarde
    une fenêtre nous sépare

    Il boit du thé. Tout est bien. Où est parti le
    Temps ? S’ennuyer il ne sait pas, car même quand il
    s’ennuie, il jouit de cet ennui qui, alors, n’est plus ennui.
    Il le goûte, l’observe, le déguste à petites secondes, celui-ci
    disparaît et devient écoute. Depuis toujours, il apprécie
    et recherche la solitude. C’est dans la solitude qu’il n’est
    pas seul.

    Les fenêtres murées comme des portes ouvertes
    sur des questions non posées

    Il y a des jours où parler il ne peut pas, voir du
    monde il ne peut pas. Mais toujours, il y a dans sa
    vie les livres qui lui sont des portes ouvertes sur d’autres
    mondes à vivre. L’agitation sociétale ne l’a jamais
    vraiment intéressée, pourtant il aime rencontrer des amis
    et des inconnus. Il aime s’asseoir dans un café à la
    rencontre d’autres vies, pour lui c’est un peu comme

    s’asseoir dans la forêt pour écouter la vie des arbres et des
    animaux. Les cafés sont les théâtres qui lui permettent,
    dans cette vie, de vivre d’autres vies. Un café est une porte
    ouverte sur le monde. Un lieu où rêver, observer, travailler,
    rencontrer. Un lieu pour connaître d’autres vies, d’autres
    goûts et, peut-être, se trouver. Il aime les moments où, seul
    à la terrasse d’un café sur une toute petite place, il regarde
    les arbres, les voitures, les passants. Dès que le soleil arrive,
    Il est un lézard des villes. A Paris, il y a des lieux où le ciel
    s’échappe pour prendre toute la place alors il s’y enivre.

    Sous le regard de la nuit qui s’enrose
    la rue se deshabille et pose
    rue de la Grange-aux-Belles
    chez Adel

    A la Caféothèque, la table ronde près de la fenêtre
    lui offre les bras d’un fauteuil où se poser et voyager. C’est
    un lieu où les vagues de la mer se reposent.

    Devant la glace
    une grosse dame en rouge
    se serre la ceinture
    Angelina – 1er étage – rue de Rivoli

    Au Rivolux un bon sandwich n’est pas du luxe ! Et
    du Sélect à la Coupole elle prend un taxi pour faire pipi. Les
    toilettes y sont si jolies !

    Extraits:
    « Balade Paris Ballades »
    « J’ai allumé ma vie » 
    (Edilivre)




  • Marc-André SELOSSE  « Agriculture bio, non-labour… Les solutions sont là. »

    Marc-André SELOSSE  « Agriculture bio, non-labour… Les solutions sont là. »

    Marc-André Selosse – Photographie « Born in PPM » par Marylou Mauricio – borninppm.com

    À l’occasion de « Tous au compost 2025 », Marc-André Selosse, biologiste spécialiste des sols et professeur au muséum national d’histoire naturelle était l’invité de la Mairie du 11e pour nous permettre de mieux comprendre les sols en milieu urbain (vous pouvez retrouver la conférence en vidéo ici).

    Nous vous proposons de (re)découvrir son portrait au travers de l’article de Florence Rosier, publié le 05 avril dernier dans le journal Le Monde :

    Marc-André Selosse enfant.

    « Ce spécialiste reconnu de la microbiologie des sols, professeur au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, prend depuis quelques années son bâton de pèlerin pour défendre l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre au collège et au lycée, ou pour vulgariser auprès du grand public les enjeux de l’agriculture de demain.


    Les secrets de la nature vous captivent ? Vous avez le goût des champignons et des orchidées un peu étranges ? Alors vous n’avez pas pu passer à côté de Marc-André Selosse. Au fil de ses nombreux podcasts et interventions radiophoniques ou télévisées, le professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), à Paris, sait l’art de décrire les senteurs de la terre humide ou les effluves d’un champignon ; d’expliquer l’origine des couleurs des feuilles à l’automne ; ou encore d’alerter sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité des sols. De toute évidence, il se plaît à exposer la foisonnante alchimie du vivant.


    « J’ai toujours aimé raconter la nature, où je traîne depuis tout petit », confie ce spécialiste reconnu, à 56 ans, de la microbiologie des sols. Entre un père ingénieur des travaux publics et une mère géographe, « qui regardait toujours les paysages », il passe ses vacances à Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan. Et se souvient avec émotion de ses pérégrinations au bois de Vincennes, à Paris, qu’il arpente avec ses grands-parents.


    « Ma curiosité a d’abord été esthétique, face à la diversité des formes, des couleurs et des goûts des végétaux. Ce qui m’ancre à la nature, c’est aussi un lien multisensoriel. » Sa discipline, souligne-t-il, repose d’abord sur l’observation ; après seulement viennent les interrogations scientifiques.
    « C’est au bois de Vincennes qu’est née ma vocation de mycologue », dit-il. Tout est parti d’une consigne de son professeur de sciences naturelles, au collège : « Rapportez des champignons pour la semaine prochaine. » Il se prend au jeu, ramasse des spécimens dans ce bois, se passionne pour leur identification. Pholiotes dorées, stérées pourpres, leucopaxilles… sa collection s’enrichit. Dès l’âge de 10 ou 11 ans, il consulte des experts du MNHN – déjà –, qui accueillent avec bienveillance ce préado aux questions pointues. « Mes camarades d’école me surnommaient “le savant”. J’étais assez seul, mais pas harcelé. »


    « L’attrait de ce qui est différent »


    À 12 ans, il apporte son aide sur le Salon des champignons, organisé tous les ans au MNHN. A 17 ans, il fait une observation fondatrice : certaines orchidées blanches, en sous-bois, survivent alors même qu’elles ne font pas de photosynthèse pour fabriquer leurs propres sucres. « J’ai toujours eu un attrait pour ce qui est différent », confie-t-il.


    Cette énigme le mettra sur la voie, en 2005, d’une découverte étonnante : certaines plantes vertes, comme des orchidées, cachent une « hétérotrophie » partielle. En clair, elles peuvent se nourrir en « pillant les sucres » transmis par un réseau de champignons du sol – eux-mêmes alimentés en sucres par les racines des arbres environnants, par une symbiose. « Ce pillage est une adaptation à la vie en sous-bois, où la lumière est parcimonieuse », explique-t-il. Certains individus mutants, comme ces orchidées blanches, sont même dépourvus de chlorophylle : ils dépendent entièrement de ces champignons pour survivre.


    Le parcours de Marc-André Selosse est, disons-le, celui d’un excellent élève. Reçu parmi les tout premiers à l’ENS Ulm, il passe l’agrégation de sciences naturelles en 1991. Puis enchaîne avec un master de génétique et un diplôme d’ingénieur à l’École nationale du génie rural, des eaux et forêts (Engref). Il fera sa thèse à l’INRA (aujourd’hui Inrae) de Nancy en microbiologie forestière, avant de devenir enseignant-chercheur à Nancy. En 2004, il est professeur à l’université de Montpellier et chercheur au CNRS, où il restera dix ans. Il rejoint le MNHN à Paris en 2013, en tant que professeur, « avec le sentiment d’être arrivé à bon port ».


    Parmi ses autres travaux marquants, ses recherches sur l’écologie des truffes. « Ces champignons ne sont pas seulement associés aux arbres. Ils sont eux-mêmes des parasites de petites plantes herbacées, explique-t-il. D’où l’apparition d’une zone d’apparence brûlée autour des chênes truffiers. »

    « Passeur de sciences »


    Il a aussi plongé dans l’histoire évolutive des mycorhizes, ces symbioses qui se tissent entre les champignons du sol et les racines des plantes, indispensables à la croissance des végétaux. Un domaine où il est « reconnu en France et hors de France », indique Philippe Vandenkoornhuyse, professeur d’écologie et d’évolution à l’université de Rennes.


    Mais depuis quelques années, Marc-André Selosse est devenu « passeur de sciences », selon ses mots. Collèges et lycées, mairies, entreprises, agriculteurs, médecins, jardiniers amateurs… : « Je donne 250 conférences par an. Ma production scientifique en souffre, oui. Avant, j’écrivais moi-même six à huit articles par an, ce n’est plus le cas aujourd’hui. » Une bascule assumée.


    Il y a, bien sûr, quelques dents qui grincent, notamment dans la communauté scientifique. « Mais je crédite mes sources, plaide-t-il. Je valorise le travail de mes confrères de l’Inrae, du CNRS, des universités… » Pour Philippe Vandenkoornhuyse, « la vulgarisation nécessite parfois une simplification, qui peut gêner certains collègues. Pour autant, nous sommes peu nombreux à savoir expliquer avec autant de force les enjeux actuels de l’agriculture de demain. »


    « Il me surprendra toujours, renchérit Mélanie Roy, maîtresse de conférences à l’université de Toulouse. Il peut donner une conférence à Montpellier et le lendemain être sur le terrain au Brésil ou à la Réunion, en quête d’orchidées ou de champignons. » Selon elle, « apprendre avec lui est un délice dont tous les étudiants se souviennent. De petites anecdotes en grandes questions, il nous guide, allant des observations sous microscope au verre de vin. »


    Benoît Perez-Lamarque, lui aussi, a suivi son enseignement à l’ENS. « Il ne laissait personne indifférent. Certains étudiants ont pu avoir du mal avec le second degré qu’il maniait parfois, pour stimuler la réflexion. Mais il avait l’art de faire vivre son cours et de faire passer ses messages. » Autre atout, les sorties sur le terrain. « Il nous décrivait le champignon qu’il venait de découvrir sous nos yeux, expliquait son impact sur la biodiversité, élargissait au fonctionnement des écosystèmes… »


    « Une urgence familiale »


    Autre engagement, la défense de l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre (SVT). Dans les années 2000, le biologiste a participé à la révision des programmes de SVT du collège et du lycée, « y laissant une trace très visible », dit Benoît Perez-Lamarque, aujourd’hui maître de conférences à l’université de Toulouse. Il a aussi joué un rôle moteur dans l’introduction de l’écologie et des sciences de l’évolution en classes préparatoires de biologie (BCPST). Et préside aujourd’hui BioGée, une fédération d’institutions qui promeut plus d’enseignement des sciences du vivant


    « J’ai été impressionné par sa capacité à entraîner l’ensemble de la commission [sur les programmes de SVT] vers sa vision de la biologie, très axée sur les écosystèmes », témoigne Alain Bessis, de l’ENS à Paris. « Rien ne lui fait plus plaisir que de faire comprendre le monde vivant aux autres, ajoute ce neuroscientifique. C’est un pédagogue dans l’âme. »


    Mais pour Marc-André Selosse, « il n’y a pas encore assez d’heures de cours de SVT. Il faut aussi plus d’interdisciplinarité. C’est un travail de lobbying de longue haleine. »


    Au vrai, ce touche-à-tout donne un peu le vertige. Avec d’autres, il alerte sans relâche sur l’importance de préserver la biodiversité des sols. Le message commence à se diffuser dans le monde agricole, « surtout au sein de la jeune génération », tempère Benoît Perez-Lamarque. Ces mois-ci, il rencontre également des parlementaires à propos de l’évolution de la loi « zéro artificialisation nette », en transit entre les deux Assemblées. « Le Sénat l’a dévitalisée, il faut voir ce qu’on peut sauver. »


    Le mycologue, par ailleurs, conseille le domaine viticole de Château Cheval Blanc, qui s’est lancé dans l’agroécologie. À Saint-Emilion, sur un « laboratoire » de 16 hectares, des arbres fruitiers ont été plantés au milieu des vignes. Amélioreront-ils l’état sanitaire des vignes et des sols ? Réponse dans quelques années.


    L’avenir de la planète, pour ce jeune père, est devenu « une urgence familiale ». « J’ai un petit garçon de 4 ans et demi. Le soir, je joue aux Lego. » Durant les vacances, il se déconnecte, nage, construit des châteaux de sable… Cherchant, en somme, à bâtir un avenir, contre vents et marées. »


    Liens :

  • Mr Happy Miel : « Le miel récolté a reçu plusieurs distinctions… »

    Mr Happy Miel : « Le miel récolté a reçu plusieurs distinctions… »

    Mr Happy Miel – Laurent TRON

    C’est dans la commune de saint-pierre-située au nord de la Martinique que je « vis le jour ».

    Ma famille est originaire de la commune du Prêcheur, village de pêcheurs située non loin du volcan la montagne Pelée.

    À l’âge de 5 ans, j’arrive à Paris dans le 20ème où je serai scolarisé rue des Pyrénées de la maternelle au collège Lucie Faure.
     
    J’ai grandi rue des Vignoles près de la place de la réunion où mes copains de quartier viennent de tous les horizons. Je m’approprie même quelques rudiments de langage allant du portugais au Serbo-
    Croate.
     
    Adolescent, très attiré par Le bricolage et l’électronique, je me tourne vers l’électrotechnique et rejoint le Lycée Panoyaux à Menilmontant.
     
    Aujourd’hui, je travaille dans l’hôtellerie, en charge de la maintenance et de la sécurité d’hôtels à Paris.
    En 2023, je suis nommé vice-président du Club des dirigeants de l’hôtellerie en charge des sujets techniques et d’innovations.  
     
    Au début des années 2000, c’est dans des jardins partagés que j’apprends l’apiculture avec des amis apiculteurs Ce sont surtout des moments d’échanges et de convivialité qui me permettent de mettre en évidence le rôle pollinisateur de l’Abeille.

    En 2015, face au déclin des Abeilles, je fonde l’association Bee Happy Miel pour sensibiliser à la Sauvegarde des Abeilles.

    Aujourd’hui, je créé des Ruchers Urbains à Paris dans les quartiers de Bercy, gare de Lyon, Montmartre, Trocadéro et Bastille. Les grandes villes ayant banni les pesticides de leur espaces verts, le milieu urbain devient un véritable refuge pour les Abeilles et les pollinisateurs.

    C’est dans cet esprit qu’en 2018, le but étant de parler d’apiculture dans des lieux insolites, que je confie 20 Ruches à 20 artistes. La diversité des artistes de ce collectif évoquant la « Biodiversité ». En résulte une exposition itinérante que l’on peut découvrir dans des lieux insolites tels que des galeries d’art ou des hôtels.

    Une animation, autour du thème « végétalisation », viendra enrichir cette exposition où les ruches seront végétalisées . Cela se passera prochainement à l’ibis Bastille.

    En 2024, Une nouvelle consécration ! Je reçois la médaille d’or pour la qualité mon miel récolté à l’ibis Bastille. Et en janvier 2025, nouvelle célébration au cirque d’hiver où je reçois la médaille du 11eme des mains de la maire de Paris, madame Hidalgo.

    Le miel récolté a reçu plusieurs distinctions dont 28 médailles au concours des Miels de Paris et d’île de France.

    Cela fait maintenant 10 ans que cette belle aventure a commencé. 

    Aujourd’hui Bee Happy Miel gère près de 150 Ruches sur 20 sites et implante des ruchers en milieu rural pour aider les Apiculteurs locaux à Nantes et en Normandie.

    iMiel : bee_happy.miel@yahoo.fr

  • Audrey ZANDONA : « Aujourd’hui, je commercialise mes légumes, fruits et aromates frais labellisés bio… »

    Audrey ZANDONA : « Aujourd’hui, je commercialise mes légumes, fruits et aromates frais labellisés bio… »

    Audrey ZANDONA

    Native de Lorraine, j’ai grandi à la campagne à une époque où les enfants jouissaient d’une grande liberté.  Ma maman travaillant à temps plein dans la grande distribution, nous passions ma sœur et moi, beaucoup de temps à la ferme, chez des amis éleveurs …

    Mon enfance a le goût de la pomme fraîchement cueillie, des noix gaulées au gré de nos cavalcades dans les champs, et des mûres qui tachaient nos vêtements et faisaient râler maman. Cette femme nous a transmis dès petites, des valeurs fortes, telles que le respect de la nature, la générosité, l’altruisme et le goût de l’indépendance… Chez nous il y avait toujours de la place autour de la table pour partager un plat mijoté par ses soins.

    Ma passion pour les bons produits et la gastronomie viennent de là j’en suis sûre ! Du coup, la restauration a rapidement pris une grande place dans ma vie, m’a permis de prendre mon envol assez jeune, de voyager et de faire énormément de rencontres… J’ai rapidement découvert que derrière une belle assiette, il y a une ribambelle d’humains qui travaillent dur pour transmettre leur passion et “offrir” un moment de joie autour d’un bon repas.

    À Paris j’ai découvert la bistronomie, en évoluant à travers des projets de restauration toujours très attentifs au sourcing.

    L’idée étant de valoriser le savoir-faire des paysans, vignerons et artisans qui défendent la biodiversité et le goût. Nous visitions les exploitations, lieux de transformations ou domaines et j’ai toujours été fascinée par le travail et la vie de ces premiers maillons de la chaîne dont je faisais partie et que je souhaitais remonter, bref j’ai voulu « en être ! ».

    Mais comment faire ? Moi, maintenant tellement urbaine !!! Pas facile de sortir de sa zone de confort et du milieu que j’avais toujours connu et dans lequel je gagnais plutôt bien ma vie…

    La naissance de ma fille et les différents événements survenus dans notre quartier en 2015, m’ont définitivement fait arrêter la restauration. 

    Très sensible aux questions écologiques et ayant un furieux besoin de me rapprocher de la nature,  j’avais envie d’agir dans mon quotidien et de passer à l’action !!

    Alors je cherche, je cherche et je tombe sur le forum des métiers de l’alimentation durable et du goût qui se déroulait à “La ferme de Paris”, au cœur des bois de Vincennes, (prémonitoire cette histoire … !). Houlàlà il doit y avoir un truc pour moi là bas !!

    Et là tout s’est enchaîné rapidement, j’ai rencontré Jade d’Abiosol, qui m’a de suite pris au sérieux avec mes envies de mettre les mains dans la terre en tant que néo Parisienne. Elle m’a orientée vers différentes fermes urbaines où j’ai effectué pas mal de stages. J’ai découvert des projets magiques d’agriculture urbaine, un truc dont j’avais vaguement entendu parlé mais que je ne comprenais pas vraiment à l’époque, pour moi l’agriculture rimait avec campagne un point c’est tout !

    Au parti Poétique à Stain, j’ai découvert qu’on pouvait produire de la nourriture, de la vraie ! Là, aux pieds des barres d’immeubles, qu’on pouvait la vendre aux restaurants et faire des dons pour des associations qui la transforment, qui confectionnent des repas pour l’aide alimentaire ! 

    INCROYABLE

    Ça y est j’ai trouvé ma place ! Quand j’srais grande je veux être maraîchère !

    Mais on ne naît pas maraîchère on le devient …

    Alors c’est parti ! Je me forme et intègre la magnifique école DuBreuil. J’obtiens un BPREA : Brevet de responsable d’entreprise agricole, en agroécologie option ferme et micro ferme urbaine. Une des plus belle année de ma vie, nourrie d’apprentissages, de découvertes et d’échanges autour de la nature et du vivant.

    Au cours de ce parcours, je suis tombée sur un appel à projet, porté par La ville de Paris et “Les Champs de possibles”, une coopérative agricole qui accompagne les personnes comme moi, qui souhaite s’engager dans la transition agroécologique et solidaire. Le projet : installer une ferme maraîchère au sein de “La ferme de Paris” tiens tiens ça vous rappel un truc ?

    Alors j’me suis jetée, tête baissée dans la réponse à cet appel à projet, que j’ai finalement remporté avec une autre élève de ma promo.

    Et oui deux femmes de plus de 40 ans peuvent devenir maraîchères, dans le 12 ème arrondissement de Paris !!! Aujourd’hui, nous nous partageons sur cet espace test, 5000 m2 de plein champs et 500 m2 de serres. J’y est monté Court – Circuit et elle Les_clos_dhelo

    En effet, depuis janvier 2025 on travaille d’arrache-pied pour installer cette ferme !

    Monter des serres, dessiner nos jardins, lancer les premiers semis ….

    Accompagnée d’Adrien Doussot, mon tuteur sur ce projet (et oui ! entreprendre avec Les champs des possibles, c’est bénéficier d’un accompagnement solide ! ), nous avons su faire des prairies pâturées, des jardins florissants !

    Aujourd’hui, je commercialise mes légumes, fruits et aromates frais labellisés bio, à différents restaurants de la capitale : 

    À quelques épiceries : 

    J’organise également, des marchés le dimanche à la ferme… Et pour ma plus grande joie, j’ai développé depuis quelques mois la vente en ligne pour les particuliers sur Paris 11 et Montreuil.  Au travers des groupes WhatsApp et une application me voici connectée en direct à mes mangeurs, et j’avoue que cela donne beaucoup de sens à mon projet !

    On le sait, le travail de terre n’est pas une œuvre facile, mais je suis aujourd’hui dans mon quotidien, intimement liée à la nature et aux saisons. 

    Et cela n’a pas de prix …

    Mes amis d’enfance, vers de terre et autres lombrics sont redevenus mes meilleurs compagnons de route.

    Si vous souhaitez rejoindre le groupe WhatApp, pour profiter de la vente en ligne de mes produits, il suffit de : 

    1. Cliquer sur ce lien Court Circuit Paris 11
    2. Sur ce groupe,  j’envoie tous les vendredis, un lien vers mon site de vente en ligne (Kuupanda) avec les produits et quantités disponibles
    3. Les commandes sont à passer jusqu’au lundi matin qui suit 

    Récupération des commandes le mercredi de 17h à 19h15 à l’agence immobilière Swixim au 111 boulevard Richard Lenoir (2 € de frais de livraison sont facturés)

  • Conseil d’arrondissement – Janvier 2025

    Conseil d’arrondissement – Janvier 2025

    Séance du 29 janvier 2025

    Vœux déposés par les élu·es du groupe les Écologistes :

    01 – Intervention de Joëlle MOREL sur le territorialisation des politiques municipales pour une Ville du quart d’heure (DDCT 39 Acte 2)]

    C’est avec grand intérêt que le groupe écologiste a pris connaissance de l’acte 2 de la territorialisation des politiques municipales qui permet d’aller un peu encore plus loin dans la concrétisation du renforcement des pouvoirs des Mairies d’arrondissements et de la ville du quart d’heure.

    Si globalement nous nous félicitons de cette démarche qui doit donner plus de responsabilités et d’autonomie aux arrondissements, et qui demande une grande évolution culturelle de l’administration parisienne, je me permettrai de revenir sur cinq points pour demander des explications et faire des propositions.

    1· Quel Bilan ou évaluation de l’ Acte 1 ?

    Tout d’abord l’acte 1 du Pacte parisien de la proximité, adopté à l’automne 2021, a permis de développer de nouvelles démarches et nouveaux outils. Il semblerait qu’un processus pour engager une évaluation de l’acte 1 ait eu lieu. Nous regrettons que l’ensemble des élu-es n’ai pas été associés à cette évaluation. Est-ce que cette évaluation a donné lieu à l’élaboration d’un document au sein de chaque arrondissement ? Et pouvons-nous le procurer ?


    2· Création de poste de : Responsable de l’entretien des quartiers
    Nous saluons en particulier les pouvoirs donnés aux arrondissements concernant l’entretien de l’espace public (potelets, passage piétons nids de poule …) qui permettent d’agir localement , ainsi que la mise en place des équipes « Urgences propreté » qui permettent d’être réactif.
    Des nouveaux postes vont être crées nommés « Des responsables de l’entretien des quartiers », rattachés au maire d’arrondissement. Il est annoncé que 35 premiers responsables de quartier seront affectés dès 2025 sur 35 quartiers les plus prioritaires. Le 11e sera-il concerné ? quels seront les quartiers qui seront prioritaires ? Quartier Politique de la Ville ? la Roquette ?

    3· Meilleure suivi de l’ Urgence sociale
    Nous saluons également la territorialisation de « l’urgence sociale » qui permet en particulier un suivi régulier, personnalisé des personnes qui sont malheureusement à la rue, à travers la mise en place de «cellules de veille sociale ». Il est mentionné que les centres d’hébergements implantés dans les arrondissements devront prendre en charge les situations priorisées par les cellules de veilles sociales.

    Est-ce que dans le 11e, cet objectif est-il réalisable ? Pouvons-nous avoir des éléments chiffrés pour suivre ce travail ? Les habitant·es du 11e  et en particulier les personnes engagées dans les conseils de quartier, solidaires, sont fortement engagées sur cette thématique. Il serait important de les y associer.

    4· Possibilité de mener des études locales : commercialité et environnementales
    L’objectif de territorialiser les données municipales est ambitieux et combien nécessaire.
    Avoir accès à des données propres d’un arrondissement et mener des études pour répondre localement aux demandes des habitantes en ayant la possibilité d’identifier les contraintes et les opportunités d’un territoire est une belle perspective.

    Ainsi j’ai découvert à la lecture de ce document que nous pourrons réaliser deux études de commercialité sur une thématique et/ou un quartier. Ces deux études seront-elles annuelle ? les élu-es d’arrondissement auront-ils / elles la possibilité de proposer des thématiques sur la commercialité » ?
    De même pour des études locales environnementales. Combien pouvons-nous en mener par an ?

    5· Et la territorialisation de la direction de l’attractivité et de l’emploi ?
    Si nous apprécions les démarches de territorialisation de nombreuses directions (la sécurité, la culture, le sport, la jeunesse, le logement et l’habitat) nous notons cependant que la direction de l’attractivité et de l’emploi n’est pas mentionnée. Je rappelle que les commerces de proximité sont des acteurs essentiels de la vie d’un quartier et de la ville du quart d’heure. Et je me permets de vous partager le souhait qu’un travail soit entrepris pour que le GIE Paris commerce se territorialise au sein des arrondissements.
    Hier est sorti dans la presse une étude de la cour des comptes sur les terrasses des commerces dans l’espace public et nous mesurons à travers ce rapport , combien ce sujet des terrasses dans l’espace public doit être aussi beaucoup plus territorialisé.

    02 – Le groupe des élu·es écologistes a voté contre la délibération qui prolonge le mobilier urbain d’information. Malgré ce vote contre, la délibération a été adoptée par les autres groupes de la majorité. Voici l’intervention d’Alexandre VISCONTINI [adopté]

    Nous allons voter contre cette délibération pour 3 raisons :

    La 1ere raison, c’est la publicité et l’appel à la consommation.

    Promouvoir la consommation dans l’espace public par l’intermédiaire de publicité nous semble aller à l’encontre de la nécessité de réduire la surconsommation à laquelle nous sommes confrontés, notamment dans le domaine du textile, et à laquelle nous devons répondre en allant vers une économie plus circulaire… Alors pourquoi invite-t-on les parisien·nes à consommer + en installant ces mobiliers urbains dans l’espace public ?

    J’ai bien compris qu’une part significative des informations sur les panneaux sera concentrée sur la communication de la Ville de Paris mais il nous apparaît que la ville dispose d’autres moyens pour communiquer auprès des habitant•es et cette communication ne mérite pas qu’on alourdisse ainsi notre impact environnemental.

    La 2e raison, c’est la mobilité.

    Installer des panneaux dans l’espace public, alors qu’il est déjà très restreint, et que nous cherchons à le reconquérir et à le végétaliser, cela nous semble aller à l’encontre du plan piéton et d’une exigence qui doit nous réunir pour un espace public accessible à toutes et tous, et en particulier pour les personnes à mobilité réduite

    Enfin, la 3è raison, je la porte avec ma casquette de conseiller délégué à l’économie circulaire.

    Je n’ai vu dans l’exposé des motifs aucune exigence ni aucun engagement sur l’éco-conception de ces panneaux, et encore moins sur le réemploi ou le recyclage de ces matériaux.

    Pour toutes ces raisons, cette délibération nous semble aller à l’encontre du plan climat et du plan de réduction des déchets que nous avons toutes et tous adoptés en fin d’année dernière. Et ce n’est pas la redevance espérée (26M€/ an) qui doit nous faire dévier de nos engagements et de nos principes.

    Au moment où nous sommes dans une période d’urgence écologique, nous ne comprenons pas le sens de cette délibération.

    Nous voterons donc contre cette délibération.

  • Invitation aux vœux

    Invitation aux vœux

    2025 ensemble !

    Le groupe local et vos élu·es vous invitent à partager un moment de convivialité et d’échanges.

    RDV // MERCREDI 15 JANVIER // 18h30 à 21h

    Mairie du 11e // Place Léon Blum // Salle des fêtes

  • Loan BODIN BÜRGER : « Aujourd’hui, ce qui me définit, ce sont mes engagements et mes projets… »

    Loan BODIN BÜRGER : « Aujourd’hui, ce qui me définit, ce sont mes engagements et mes projets… »

    Loan BODIN BÜRGER

    Je m’appelle Loan Bodin Bürger, je suis né et j’ai grandi dans le 11ᵉ arrondissement de Paris. J’ai passé mon enfance à découvrir mon quartier, entre les squares de la Roquette et Gardette, ou à dessiner dans mon appartement en rez-de-chaussée.

    Loan – 1 mai 2008 – 5 ans

    Quand j’étais petit, je vendais mes dessins à la fenêtre, et mes voisins sont vite devenus une sorte de petite communauté. C’est ce cadre qui a éveillé mon envie de créer et de tisser des liens avec les autres.

    Loan – 14 Aout 2016 – 13 ans

    Après mes années de scolarité dans les écoles et collèges du 11ᵉ, j’ai intégré le lycée Maximilien Vox en filière STD2A. Même si j’ai arrêté en première, ces expériences m’ont guidé vers des projets qui m’ont marqué. J’ai fait du bénévolat pendant six mois à La Petite Roquette, où j’ai découvert le milieu associatif et son importance. Par la suite, j’ai effectué un service civique avec la compagnie de théâtre À l’Affût, avant de suivre une formation en mode et upcycling à la Casa 93, à Montreuil. Chacune de ces étapes m’a appris quelque chose de nouveau, que ce soit sur moi-même ou sur la manière de m’engager pour les autres.

    Depuis cette année, je me consacre entièrement à Slayte Skateboarding, une association que j’ai créée en 2023. Notre objectif est simple : offrir un espace inclusif pour la communauté queer et les passionné·es de skate, où chacun·e peut se sentir à sa place.

    Notre mascotte chez Slayte Skateboarding

    Avec Slayte, nous organisons des événements qui combinent skate, art et engagement social. Nous travaillons également sur un projet de récupération et distribution alimentaire pour aider les membres de la communauté queer en difficulté, tout en proposant des initiations au skate. L’idée, c’est de rendre ce sport accessible à toutes et tous, tout en répondant à des besoins concrets.

    À long terme, mon rêve serait de développer tout cela dans un lieu dédié à Paris : un skatepark qui serait aussi un espace d’échange artistique et un refuge pour celles et ceux qui en ont besoin. On pourrait y organiser des expositions, des projections, des ateliers de création, tout en permettant à chacun·e de découvrir ou de progresser dans la pratique du skate. Plus qu’un simple lieu, ce serait un espace bienveillant et ouvert à tous, peu importe les parcours de vie.

    En parallèle de mon travail avec Slayte, j’ai découvert une autre forme d’expression à travers le mannequinat. Au départ, j’ai commencé en posant pour des amis artistes, souvent par curiosité et par envie de les aider à mettre en lumière leurs projets.

    Queer Archives by @mike_dhondt

    Avec le temps, j’ai su saisir des opportunités et cela m’a permis de défiler pour des grandes marques lors de la Fashion Week. Aujourd’hui, c’est une activité qui me plaît énormément, car elle me permet d’explorer d’autres facettes de moi-même tout en transmettant des messages. Être mannequin en tant que personne queer et non-binaire, c’est aussi une manière de revendiquer ma place dans un milieu parfois fermé et d’encourager d’autres à croire en leurs propres possibilités.

    Aujourd’hui, tout mon temps est tourné vers la construction de ces ponts entre le skate, l’art, et l’engagement social. J’espère que Slayte continuera à grandir pour devenir un véritable moteur de changement à Paris.

    J’ai écrit un poème sur cette identité :

    Apaisé par la mélodie des oiseaux, tu regardes écrit sur ton sac.

    Ton nom, ton nom ensoleillé, décoré de cette joie, cette lumière.

    Tu aimes observer, pendant des heures, la vie qui grouille sous tes pieds, tu y pense, même quand le ciel et les murs sont gris, tu les vois.

    Ce soleil t’accompagne, sur ta veste, sur tes cahiers, tes crayons, dans tes pensées il ne te quitte jamais.

    De la lumière tu es né·e.

    Maintenant tu le vis, le soleil, et tu le vois, il devient toi, ou l’a-t-il toujours été ? Il fait partie de ton identité.

    Identité créative, graphique, personnelle, le soleil le soleil le soleil.

    Lumière, regards, enfance≠innocence, couleurs vives et années

    2000. Jouets en plastique toxiques, vibrants, convoités, odeurs oubliées mais en une effluve retrouvées. 

    Cette enfance qui ta marqué vit désormais dans les objets, les peintures, les habits, les textes que tu écrits.

    Des jours et des années tourmentées deviennent une source de curiosités avec ce nouveau regard.

    Les violences deviennent des montagnes gravies, les dessins animés, bandes dessinées, jouets, deviennent des reliques, des trésors, des Haqiba.

    Convoités, autrefois oubliés, de précieux souvenirs. Des mémoires, une autre vie.

    Les enfants font la beauté d’aujourd’hui après tout. Façonnent les parois de notre imagination et donnent des racines a nos branches.

    J’aime me rapprocher de cette vie antérieure, ce passé, universel, on a tous vécu, c’est une vérité absolue. On est tous·tes né·es.

    Qu’importe la violence de ce vécu, la souffrance de cette vie, les douleurs de ces souvenirs, la vie est là, et je peux la regarder. J’en tire de la beauté, des énigmes, une tonne de couleurs, des périodes sombres, des secrets. Je peux grâce a mes nouveaux yeux transformer des horreurs en bonheur, et des questions en réponses.

    Ces souvenirs sont comme des perles enfilées sur le fil de ma vie, elles sont toutes différentes, sincères, brutes. Et je les aime, je les aime et elles me réconfortent. J’aime faire des colliers, ils me rappellent toutes ces choses qui m’ont façonné, ce sont des parures presque mystiques qui m’aident à grandir.

    Mail : slayteskateboarding@gmail.com

  • Noémie OCHOA : « Quand tu joues du piano, ça doit sonner comme un orchestre… »

    Noémie OCHOA : « Quand tu joues du piano, ça doit sonner comme un orchestre… »

    Noémie OCHOA

    Je ne fais pas partie d’une famille de musiciens. Ma famille n’était pas non plus très aisée. Le fait que je me sois mise au piano classique était donc déjà un peu hors cadre. Je suis née en 1985, du côté de Poitiers. Quand j’étais petite, très tôt, j’ai commencé à me poser des questions d’ordre existentiel. Je n’ai jamais voulu être pianiste ; c’est en entendant l’Appassionata de Beethoven, une œuvre tumultueuse et forte en expression, que j’ai décidé de devenir pianiste.

    J’ai donc décidé de jouer du Beethoven, alors j’ai demandé à mes parents de prendre des cours de piano. Au début, ils n’étaient pas du tout motivés. Puis, mon oncle, qui possédait un piano à Bordeaux, m’a donné son instrument. Il trouvait ça génial que je joue du piano, alors mon père a demandé à l’accordeuse si un professeur de piano était disponible près de chez nous, parce qu’en fait, je vivais en pleine campagne, loin de tout. 

    L’accordeuse nous indiqua que, oui, il y avait un pianiste anglais à côté de chez nous. Harold Meulie était venu justement enregistrer les dernières sonates de Beethoven, il avait 72 ans quand je l’ai rencontré. Après quelques hésitations, il accepta de me former. Je voulais absolument faire du Beethoven et lui il ne voulait pas du tout parce que c’était trop difficile de commencer par un tel compositeur, donc il m’enseigna du Bach et du Bartok, que j’ai très vite détesté. Bon, aujourd’hui, bien sûr, je respecte énormément Jean-Sébastien Bach !

    Et donc, voilà ! Pendant 4 ans, il m’a vraiment formé au piano, de manière plutôt stricte, sévère et exigeante. Ce qui était vraiment bien, c’est qu’il m’a accordé 4 heures de cours par semaine. Dans ces 4 heures, il me jouait des morceaux,  il m’a fait écouter l’orchestre, et il me répétait sans cesse : « Quand tu joues du piano, ça doit sonner comme un orchestre. » Cette phrase, je l’ai vraiment mémorisée et intégrée à ma pratique du piano, car le son du piano est beaucoup moins riche que celui d’un orchestre. Ensuite, il est décédé, alors que j’avais un lien vraiment privilégié avec ce pianiste de très haut niveau. J’ai appris à jouer sur un Steinway de concert, ce qui était quand même incroyable pour une fille de 10 ans. C’était un piano extrêmement puissant, avec un son très vivant. 

    Je me suis lancé le défi de devenir une interprète de Beethoven. Pour y parvenir, j’ai décidé de tout faire pour acquérir les connaissances et les compétences nécessaires. C’est pourquoi je me suis inscrit au conservatoire. Malheureusement, l’enseignement qui m’a été proposé ne correspondait pas du tout à mes attentes. Je ne comprenais pas le sens de ce qu’on m’enseignait, en particulier les sujets qui me semblaient inutiles par rapport à mon projet. Après mes années au conservatoire, j’ai rencontré un pianiste de grande renommée, Cyprien Katsaris. Il a été touché par ma passion pour la musique et a rapidement compris mon amour pour Beethoven. Il a été d’accord pour m’aider et me faire travailler le piano pendant quatre ans, à raison de dix heures par jour. J’avais 23 ans à ce moment-là. À ma connaissance, j’ai été une de ses seules élèves. Étant donné que je passais 8 à 10h par jour derrière mon piano, je n’avais pas la possibilité de travailler à côté. 

    C’est une autre belle rencontre qui m’a permis de me consacrer au piano. J’ai rencontré un abbé musicien, un hautboïste qui était à l’époque responsable du monastère bénédictin de Ligugé. Il m’a offert une opportunité inespérée. Bien que sachant que je n’étais pas chrétienne, il a appelé la responsable d’une communauté religieuse et lui à proposer de m’accueillir dans son réseau associatif. J’ai donc été accueillie par cette communauté pendant cinq ans, ce qui m’a permis de continuer mon chemin musical. 

    À cette époque, j’ai commencé à travailler avec Ivan Ilić, un pianiste américain d’origine serbe qui s’est installé à Bordeaux. Il m’a beaucoup encouragée à me produire en scène et à me faire connaître.

    J’ai commencé à faire pas mal de concert à ce moment-là, mais je me suis blessée au bras droit ( comme beaucoup de pianistes pros.). C’est cette blessure qui m’a amené à chercher une autre voie et fait découvrir l’enseignement Marie Jaëll.   

    Un jour, alors que je me rendais à Bordeaux, j’ai rencontré le chanteur Antoine Sicot par hasard dans un train ! Il est connu pour sa voix de « basse profonde » dans la musique ancienne. L’ensemble Organum dont il fait partie depuis presque 45 ans à une reconnaissance importante en 2023 en étant utilisé dans la BO du Napoléon de Ridley Scott. 

    Il m’a parlé de l’enseignement Marie-Jaëll, et sur le coup, ça ne m’a pas vraiment intéressée. Un mois plus tard, par hasard, nous nous sommes recroisés dans ce train pour Bordeaux ! Il m’a encore dit qu’il fallait absolument que je me renseigne sur l’enseignement de Marie Jaëll. J’ai donc acheté trois livres que j’ai lus. 

    En cherchant les pianistes liés à cet enseignement, j’ai découvert le pianiste Irakly Avaliani. Quand je l’ai entendu jouer, je me suis dit : « c’est là que je dois aller. » 

    Ce qui m’a le plus marqué dans son jeu, c’est sa capacité à fluidifier le son, comme de l’eau, Le son jaillit du piano avec force et puissance tout en maintenant des attaques légères, ses nuances sont d’ une grande finesse, phénomène rare de nos jours. En d’autres termes, il maîtrise son jeu à la perfection. 

    Bien que très intimidée par ce grand pianiste, je l’ai contacté et il a accepté de me recevoir.

    Lorsqu’il m’a entendu, il m’a dit : « votre jeu est intéressant, mais vous vous limitez techniquement.. ». 

    Puis : « Si vous voulez travailler avec moi, ce sera une fois par semaine. Vous devrez me suivre pendant au moins 5 ans. Les 2 premières années seront difficiles, mais il faudra s’accrocher. C’est soit ça, soit rien. » 

    Il a ajouté qu’il fallait tout recommencer, puisque je devais rebâtir toute ma technique à partir de zéro. 

    J’ai accepté. J’ai donc étudié l’enseignement de Marie Jaëll. Je l’ai mis en pratique, ce qui a été assez difficile. Après 5 ans d’études et de pratique, j’ai commencé à obtenir des résultats. À partir de la 10e année, on peut dire que ça va encore mieux ! 

    J’ai récupéré tout mon bras droit et mes mains se sont développées. J’ai aussi acquis une meilleure sensibilité dans le jeu. Voilà. Dans cet enseignement , on apprend à libérer ses doigts et à prendre conscience de sa pensée musicale, à la former, entre autres. C’est un chemin différent qui m’a beaucoup apporté dans ma pratique actuelle. Pendant cette formation, j’ai une fois de plus peu joué de Beethoven, j’ai monté du Brahms, du Mozart, du Chopin, du Rachmaninov… Si j’ai monté la pathétique et la pastorale de Beethoven.

    Parallèlement à cette étude du toucher, j’ai voulu mieux comprendre comment la musique était construite. Alors, je suis allée à la rencontre de Jean-Louis Fabre. Je n’arrivais pas à obtenir un de ses livres que j’avais commandé sur internet, ce qui nous a amenés à échanger par mail puis au téléphone et enfin à nous rencontrer au parc du Luxembourg où Marie Jaëll passait d’ailleurs beaucoup de temps !  

    Un jour, j’ai parlé de Jean-Louis Fabre, avec une personnalité du milieu hip-hop qui m’a dit : « Je vois très bien, c’est le youtubeur de la musique ! ». Monsieur Fabre est réellement une pointure dans le monde de l’harmonie et de l’écriture musicale, peu de personnes ont son niveau de connaissance. Il a aussi contribué à la démocratisation de la connaissance du langage musical via sa chaîne YouTube. Au-delà de ça, il a une culture vaste, maîtrise plusieurs langues vivantes et mortes.  

    On a beaucoup discuté, et il a accepté de m’enseigner l’harmonie. J’ai étudié avec lui pendant 8 ans. Avec lui, j’ai étudié la musique de Beethoven. 

    Il y a quelques années, je me suis dit : « Ça y est ! Maintenant, j’ai acquis la technique pianistique et je comprends les textes. Il ne me manque plus rien pour jouer les 32 sonates !  

    Mais la réalité m’a encore joué un tour, alors que je commençais à monter mes sonates j’ai reçu une commande pour une composition et ce nouveau travail m’a complètement absorbé.

    Je me suis donc mise à composer et j’ai ensuite reçu une commande pour un documentaire. J’ai également composé pour des particuliers. 

    Aujourd’hui, je me trouve lancée dans une carrière de compositeure et je me dis que finalement, c’est le plus bel hommage à Beethoven, car en entrant dans ce travail de création j’ai le sentiment d’accéder à une compréhension encore plus subtile de son œuvre. Actuellement je suis trop prise par mes projets d’albums et de concerts autour de mes compos pour monter les 32 sonates, mais je compte bien y revenir à un moment donné. 

    En 2023 j’ai installé mon atelier de compositeure dans le 11e arrondissement de Paris. J’y donne aussi des master class et des concerts. À partir de janvier 2025, je vais ouvrir l’espace au public tous les jeudis pour des micro-concerts. J’invite aussi d’autres artistes qui souhaitent performer dans une ambiance conviviale qui allie haut niveau d’exigence artistique, prise de risque et convivialité. L’Espace Ochoa peut accueillir 18 personnes. C’est un lieu qui permet de tisser du lien, de se rencontrer, d’avoir des échanges de qualités, c’est pour moi une manière de résister à une tendance actuelle de fragilisation et de distanciation des liens. Ma musique qui est à la fois populaire et savante permet de réunir des gens de milieux très éloignés et qui n’ont pas beaucoup d’occasions de se rencontrer. 

    J’ai enregistré récemment un premier single « La traque » dont la sortie est prévue en février 2025. Il sera suivi d’un deuxième « Infarctus » puis d’un album.

    Parallèlement à cela, un projet passionnant est en cours avec un saxophoniste et un chef d’orchestre new-yorkais, mais je ne peux pas en dire plus à ce sujet pour l’instant…   

    Ne ratez pas les showcase offerts par la mairie du 11e

    14 novembre à 19h & 16 novembre à 15h

    À l’Espace Ochoa – 23 rue Richard Lenoir