Mon parcours commence dans une banlieue coincée entre Les Mureaux et Mantes-la-Jolie, où j’ai vécu jusqu’à 11 ans. Le passage aux collèges et lycées de Versailles a été un électrochoc : face aux inégalités sociales criantes et au conservatisme ambiant, j’ai compris très tôt qu’un adolescent gay en recherche de lui-même devait trouver d’autres espaces pour s’épanouir.
Ce choc a forgé mes engagements : certains territoires excluent, d’autres accueillent. J’ai choisi mon camp.
Depuis 20 ans, je vis dans l’est parisien, à Ménilmontant depuis 6 ans. Le 11e est devenu mon territoire, celui où l’on peut vivre sans se renier, loin des discriminations quotidiennes. Mais rien n’est jamais gagné ! Les attaques récemment subies par certains lieux LGBT+ de notre arrondissement, et en particulier le Merci Marsha, l’ont prouvé.
Mon engagement s’est d’abord construit dans le syndicalisme, à la CGT puis chez Solidaires. Aujourd’hui, j’ai la chance de matérialiser mon engagement via mon travail salarié : j’anime les instances nationales de la Confédération paysanne, où je suis aussi chargé des dossiers relatifs aux crises sanitaires agricoles – conséquences directes du changement climatique, de l’agriculture industrielle et de la cogestion FNSEA-gouvernement. Je milite à l’APGL, l’Association des Parents LGBTI+, pour défendre nos droits mais aussi aider à traverser le parcours de combattant.e qui attend celles et ceux qui aspirent à devenir parents.
Devenir papa de deux filles (Anna 5 ans et Sofia 1 an) avec mon mari Stéphane a changé mon regard sur les politiques locales. PMI, crèche, école, espaces verts, logement : l’accès aux services publics de qualité est désormais devenu une préoccupation concrète pour nous. Même avec deux salaires, trouver un logement abordable pour quatre relève du parcours du combattant. On arrive encore à joindre les deux bouts, mais ça ne pourra pas durer très longtemps ! À Paris, le logement social est devenu une nécessité pour les classes moyennes. Ces réalités quotidiennes ne sont pas une fatalité – elles sont des choix politiques qu’on peut transformer.
Dernier engagement en date : j’ai rejoint les Écologistes il y a un an. Dès mon arrivée, je me suis engagé dans la campagne municipale. Aujourd’hui, j’organise des mobilisations à Belleville-Ménilmontant, je contribue au projet écolo pour le 11e, aux côtés d’une équipe solidaire et joyeuse qui se met au service des habitant·es. Cette politique de proximité, ancrée dans les réalités de nos quartiers, est celle que je veux défendre : une écologie sociale qui ne laisse personne sur le bord du chemin.
Au Conseil de Paris de novembre, le groupe Les Écologistes a déposé plusieurs vœux pour continuer notre combat contre l’ultra-fast fashion :
01 -Vœu relatif à la lutte contre l’ultra-fast fashion et l’implantation de Shein au coeur de Paris
Déposé par Frédéric Badina-Serpette, Nour Durand-Raucher, Jérôme Gleizes, Fatoumata Koné et les élu·es du groupe Les Écologistes.
Considérant, que le groupe chinois Shein, symbole mondial de l’ultra fast fashion, vient d’ouvrir un espace de vente au sein du BHV, établissement emblématique du centre de Paris ;
Considérant que le modèle économique de Shein repose sur une production industrielle massive et accélérée, atteignant un million de vêtements produits chaque jour en 2023, soit l’équivalent de 20 000 tonnes de CO₂ émises quotidiennement, et qu’elle met sur le marché 7 000 nouveaux modèles par jour, dont la durée de vie moyenne n’excède pas dix jours sur la plateforme ; Considérant que la production textile mondiale représente déjà 10 % des émissions de gaz à effet de serre, et que ce chiffre pourrait atteindre 26 % d’ici 2050 si les tendances de surconsommation se poursuivent, selon l’ADEME ;
Considérant que 38 % des émissions de Shein proviennent du transport aérien de ses marchandises, soit environ 9 000 tonnes de produits expédiés chaque jour, mobilisant près de 90 Boeing 777 quotidiennement ;
Considérant que la production de vêtements constitue également une catastrophe hydrique et chimique, un simple t-shirt nécessitant 2 700 litres d’eau, soit la consommation moyenne d’un Français sur 17 jours, et que l’industrie textile rejette chaque année 240 000 tonnes de microparticules plastiques dans la nature, tout en consommant des volumes d’eau colossaux, le secteur étant le troisième plus grand consommateur d’eau au monde ;
Considérant qu’en Europe, 80 % des 4 millions de tonnes de textiles mis sur le marché finissent enfouis ou incinérés, et qu’à l’échelle mondiale 15 à 30 % de la production est détruite avant même d’avoir été vendue ;
Considérant que Shein est désormais le premier émetteur mondial de CO₂ du secteur textile, avec 16 millions de tonnes de CO₂ émises en 2023, et plus de 18 millions de vêtements invendus ;
Considérant que la DGCCRF a récemment infligé à Shein une amende de 40 millions d’euros pour pratiques commerciales trompeuses ;
Considérant que la CNIL a par ailleurs sanctionné Shein d’une amende de 150 millions d’euros pour manquements graves à la protection des données personnelles, car son modèle repose sur une exploitation systématique des données et sur l’usage intensif de l’intelligence artificielle pour optimiser les manipulations d’achat via des dark patterns (interfaces truquées) destinées à capter l’attention et pousser à la surconsommation ;
Considérant que cette même intelligence artifi cielle est utilisée pour copier illégalement des créations de marques reconnues et de créateurs et créatrices indépendant.es ;
Considérant que les conditions de production dans les usines sous-traitantes de Shein sont particulièrement préoccupantes, que selon l’ONG suisse Public Eye, les ouvriers y travaillent en moyenne 75 heures par semaine, sur six à sept jours, pour des salaires compris entre 600 et 800 euros mensuels, dans des conditions contraires au droit du travail chinois, et que des témoignages ont également fait état de la présence de mineurs dans certaines filiales ;
Considérant que plus de 95 % des produits Shein vendus en Europe dépassent les limites légales de substances chimiques dangereuses (phtalates, formaldéhyde) ou contiennent des produits nocifs pour la santé humaine et l’environnement ;
Considérant que la stratégie de Shein, alimente une addiction à l’achat compulsif : jusqu’à 45 % des consommateurs déclarent regretter leurs achats, tandis qu’un vêtement Shein est porté en moyenne moins de 30 fois avant d’être jeté ;
Considérant que cette surconsommation de masse détruit les circuits locaux et les emplois qualifiés, la fast fashion ayant contribué à la disparition de plus de 310 000 emplois dans l’industrie textile française depuis les années 1990, au profit d’une délocalisation généralisée ;
Considérant que sous couvert de redynamisation commerciale, Shein contribue en réalité à mettre en danger l’ensemble des commerçants indépendants, qui font face à une concurrence déloyale, à rebours des ambitions climatiques et sociales portées par la Ville de Paris ;
Considérant, enfin, que la plateforme Shein a récemment mis en vente des “poupées sexuelles” à l’effigie d’enfants, pratique scandaleuse contraire à tous les principes éthiques et juridiques, qui témoigne du cynisme d’une entreprise prête à tout pour générer du profit, y compris en banalisant la représentation de la pédocriminalité ;
Considérant que des investigations ont mis en lumière la commercialisation, par la plateforme Shein, d’armes blanches interdites à la vente sur le territoire français, illustrant une nouvelle fois l’absence de contrôle et de responsabilité de cette multinationale vis-à-vis des lois françaises et européennes ;
Considérant que le rôle des élu·es est de soutenir de commerce de proximité et de protéger les consommateurs ;
Sur proposition de Frédéric BADINA-SERPETTE, Nour DURAND-RAUCHER, Jérôme GLEIZES, Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes, le Conseil de Paris émet le voeu que la Ville de Paris :
interpelle l’État sur les raisons de sa tolérance, et notamment son lien avec les conflits d’intérêts d’anciens membres du gouvernement comme M. Christophe Castaner, qui fut jusqu’à cet automne lobbyiste pour la marque.
mette en œuvre tous les moyens à sa disposition pour faire cesser la vente de produits Shein au BHV,
s’engage à refuser toute autorisation d’occupation du domaine public ou tout partenariat impliquant la promotion de la marque Shein ou d’autres acteurs de l’ultra fast fashion,
interpelle l’État sur l’absence de régulation nationale du secteur de la fast fashion malgré un vote dans ce sens à l’unanimité de l’Assemblée Nationale en mars 2024, mettant en contradiction les engagements climatiques de la France avec la tolérance accordée à des acteurs tels que Shein.
02 -Vœu relatif à l‘accord entre La Poste et Temu
Déposé par Jean-Philippe Gillet, Raphaëlle Primet, Ian Brossat et les élu·es du Groupe Communiste et Citoyen et Frédérique Badina-Serpette, Fatoumata Koné et les élu·es du Groupe Les Écologistes
Déposé par Chloé Sagaspe, Jérôme Gleizes, Fatoumata Koné et les élu·es du groupe Les Écologistes, François Vauglin et les élu-e-s du Groupe Paris en commun, Ian Brossat, Raphaëlle Primet et les élu·es du Groupe communiste et citoyen.
Considérant que Merci·Marsha est un bar inclusif LGBTQIA+ ouvert depuis environ deux ans, situé au 8 rue Richard Lenoir, Paris 11e ;
Considérant qu’il s’agit d’un espace résolument ouvert et accueillant pour toutes et tous, quelles que soient leur orientation sexuelle ou identité de genre, leur situation familiale, et qui propose de nombreux événements thématiques liés à la communauté LGBTQIA+ ;
Considérant que depuis son ouverture, cet établissement est reconnu pour être un lieu calme et convivial, n’ayant jamais fait l’objet d’une amende ni d’un constat de nuisance sonore lors des multiples contrôles effectués par la préfecture de police ;
Considérant que des actes répétés tels que jets d’œufs et de vinaigre, insultes, coups d’épaule et menaces qui s’apparentent à du harcèlement à caractère LGBTphobe, ont été signalés au services de police ;
Considérant que les plaintes de l’établissement ont toutes été classées sans suite ;
Considérant que ces actes s’inscrivent dans un contexte d’augmentation d’attaques LGBTphobes à Paris, visant notamment plusieurs établissements à Paris et en particulier dans le 11e arrondissement ;
Considérant que l’établissement a de nouveau été attaqué samedi 20 septembre dernier : les drapeaux arc en ciel de la devanture du lieu ont été arrachés et jetés par terre ;
Considérant la richesse des lieux LGBTQIA+ qui contribuent à la vitalité de notre arrondissement et constituent des espaces de convivialité et d’émancipation par et pour la communauté LGBTQIA+ ;
Considérant le plan de lutte contre les LBTQIA+Phobies mis en place par la Ville de Paris ;
Considérant que le 11e arrondissement a mis en place un réseau d’aide aux victimes de LGBTphobie ;
Considérant enfin que Paris, face aux violences et discriminations, doit réaffirmer son rôle de ville-refuge et répondre par la protection, la reconnaissance et l’émancipation des personnes LGBTQIA+ ainsi que des lieux qui les accueillent.
Sur proposition de Chloé SAGASPE, Jérôme GLEIZES, Fatoumata KONÉ, François VAUGHLIN et les élu-e-s du Groupe Paris en commun et les élu·es du groupe Les Écologistes, Ian BROSSAT, Raphaëlle PRIMET et les élu·es du Groupe communiste et citoyen ». le Conseil de Paris émet le voeu que la Ville de Paris :
Qu’un soutien au “Merci Marsha” ainsi qu’à l’ensemble des établissements LGBTQIA+ du 11e arrondissement, victimes d’attaques LGBTphobes, soit apporté, en menant notamment une campagne spécifique de sensibilisation contre les discrimination en raison de l’orientation sexuelle, romantique et de genre ;
Qu’un fonds de soutien dédié aux lieux de culture queer, aux associations LGBTQIA+ et aux espaces de convivialité soit créé, afi n de répondre notamment aux besoins urgents liés à des attaques, à des mises en conformité ou à des menaces de fermeture ;
Qu’un accompagnement juridique et administratif victimes de discriminations, comme les propriétaires et salarié·es du “Merci Marsha” dans leurs démarches judiciaires, soit mis en place.
Si je devais me présenter, je suis une personne qui agit en fonction de ses valeurs, de ses convictions.
Justement, je suis engagé pleinement au service de l’action publique dans le cadre de mes fonctions professionnelles, singulièrement dans le domaine du sport, qui, est pour moi une politique publique qui symbolise le bien-vivre ensemble, la cohésion sociale, et le dépassement de soi.
Mes engagements s’articulent bien sur autour d’une activité sportive, champion de Bourgogne d’escrime, de fleuret plus précisément j’ai exercé cette discipline durant plus de 10 ans et ai grandi au sein d’une famille d’escrimeurs … mais pas à Paris.
Je suis né à Nevers, dans la Nièvre, à l’inverse de Paris petite ville du centre de la France. J’y ai grandi, plus précisément à Varennes-Vauzelles, cœur cheminot du territoire où j’y ai mené mes premières luttes. D’abord en tant que président d’association, puis en tant que conseiller municipal. J’ai été élu à 18 ans pour incarner et représenter les jeunes de mon territoire.
J’ai pu suivre un cursus juridique en parallèle, d’abord à Nevers, puis à Dijon, là mon engagement associatif s’est matérialisé via les élections étudiantes, et la participation à plusieurs associations, jusqu’à présider l’UNEDESEP (L’Union Nationale des Étudiants en Droit, Gestion, AES, Sciences Économiques, Politiques et Sociales). J’ai pu me battre aux côtés d’autres organisations étudiantes pour obtenir la mise en place du 10e mois de bourse, pour accompagner la création d’un plan réussite en licence particulièrement déconnecté des réalités de terrain…
J’ai terminé mon engagement étudiant au service de ces derniers en étant élu vice-président du Crous de l’ex-académie de Dijon.
Puis, j’ai débuté mon engagement professionnel au service des collectivités territoriales, d’abord en tant que juriste puis sur des fonctions de direction générale pendant 10 ans. Là je me suis confronté à la pénurie de moyens dans les services publics locaux, la mise en œuvre forcée de réformes parfois inadaptées aux territoires, singulièrement ruraux.
Après le dernier renouvellement des conseils municipaux en 2020, et la période difficile du Covid-19 j’ai décidé de changer de voix et de m’engager pour préparer les Jeux Olympiques et Paralympiques à Dijon. C’est ainsi, que j’ai rejoint le Creps de Dijon (centre de ressources d’expertises et de performance sportive). Durant 4 ans, j’ai pu m’engager en faveur de la transition écologique de mon établissement, par le pilotage de travaux de modernisation dont l’objectif était de réduire la consommation énergétique et d’améliorer la performance de ces bâtiments vieillissants.
Cette période correspond au début de mon engagement à l’époque auprès d’Europe Écologie les Verts. Là j’ai rencontré des militant·es engagé·es, et j’ai découvert une forme d’engagement que je n’avais pas encore exploré, celle du militantisme politique. Bien sur la réforme des retraites, les élections européennes, la vie du mouvement sont des sujets passionnants.
Juste avant les Jeux Olympique et Paralympique, mon ministère de tutelle m’a offert l’opportunité de venir animer l’ensemble du réseau des établissements du sport, et c’est ainsi que mon aventure parisienne a débuté.
J’ai rejoint le groupe local des Écologistes de Paris 11 en 2023, et depuis je me suis engagé à titre personnel et professionnel autour des questions de défense des services publics, de l’efficacité de l’administration, avec pour objectif fondamental d’orienter son action au service de l’intérêt général.
C’est dans cette logique, qu’avec mon équipe, nous avons initié un cadrage stratégie national dit « RSE »pour responsabilité sociale des établissements. Après avoir fait le bilan d’une charte développement durable élaborée avec WWF, et le Commissariat Général au Développement Durable nous avons compris que les questions de RSE devaient être placées au cœur de notre action.
Concrètement, les problématiques liées à la transition écologique et à la limitation de notre action sur l’environnement demeurent des priorités, en plus, ce nouveau cadrage intègre des dimensions parallèles peu abordées dans ce type de planification comme la question de l’égalité de genre, la question du handicap, la lutte contre les violences. Le sport doit être un vecteur d’inclusion social, d’épanouissement psychique et physique et c’est fondamental de le noter au lendemain des JOP, mais aussi compte tenu de la grande cause nationale. Je suis convaincu que l’action publique peut réparer, protéger et accompagner. C’est, je crois cette dynamique qui doit guider notre action, que ce soit à titre professionnel ou à titre militant.
Le groupe des Ecologistes de Paris 11e dépose un vœu en soutien à Merci Marsha, bar inclusif LGBTQIA+ ouvert depuis deux ans rue Richard Lenoir, et victime le 20 septembre de violences LGBTphobes. Ces actes s’inscrivent dans un contexte global d’augmentation des attaques LGBTphobes, visant plusieurs établissements à Paris, et en particulier dans le 11e arrondissement. Face aux violences et aux discriminations, les Ecologistes du 11e réaffirment leur soutien aux lieux LGBTQIA+, qui contribuent à la richesse, à la vitalité et à la convivialité de notre arrondissement.
01 –Vœu relatif au soutien du lieu queer “Merci Marsha” [adopté]
Considérant que Merci·Marsha est un bar inclusif LGBTQIA+ ouvert depuis environ deux ans, situé au 8 rue Richard Lenoir, Paris 11e ;
Considérant qu’il s’agit d’un espace résolument ouvert et accueillant pour toutes et tous, quelles que soient leur orientation sexuelle ou identité de genre, leur situation familiale, et qui propose de nombreux événements thématiques liés à la communauté LGBTQIA+ ;
Considérant que depuis son ouverture, cet établissement est reconnu pour être un lieu calme et convivial, n’ayant jamais fait l’objet d’une amende ni d’un constat de nuisance sonore lors des multiples contrôles effectués par la préfecture de police ;
Considérant que des actes répétés tels que jets d’œufs et de vinaigre, insultes, coups d’épaule et menaces qui s’apparentent à du harcèlement à caractère LGBPTphobe, ont été signalés au services de police ;
Considérant que les plaintes de l’établissement ont toutes été classées sans suite ;
Considérant que ces actes s’inscrivent dans un contexte d’augmentation d’attaques LGBTphobes à Paris, visant notamment plusieurs établissements à Paris et en particulier dans le 11e arrondissement ;
Considérant que l’établissement a de nouveau été attaqué samedi 20 septembre dernier, par une tentative d’arracher les drapeaux arc en ciel de la devanture du lieu ;
Considérant que ces actes s’inscrivent dans un contexte global d’augmentation d’attaques LGBTphobes à Paris, visant notamment plusieurs établissements à Paris et en particulier dans le 11e arrondissement ;
Considérant que l’établissement a de nouveau été attaqué samedi 20 septembre dernier : les drapeaux arc en ciel de la devanture du lieu ont été arrachés et jetés par terre ;
Considérant la richesse des lieux LGBTQIA+ qui contribuent à la vitalité de notre arrondissement et constituent des espaces de convivialité et d’émancipation par et pour la communauté LGBTQIA+ ;
Considérant le plan de lutte contre les LBTQIA+Phobies mis en place par la Ville de Paris ; Considérant que le 11ème arrondissement a mis en place un réseau d’aide aux victimes de LGBTPhobie ;
Considérant enfin que Paris, face aux violences et discriminations, doit réaffirmer son rôle de ville-refuge et répondre par la protection, la reconnaissance et l’émancipation des personnes LGBTQIA+ ainsi que des lieux qui les accueillent.
Sur proposition de Chloé SAGASPE et les élu·es du groupe Les Écologistes du 11e, le Conseil d’arrondissement émet le vœu que la Ville de Paris :
Qu’un soutien au “Merci Marsha” ainsi qu’à l’ensemble des établissements LGBTQIA+ du 11e arrondissement, victimes d’attaques LGBTPhobes, soit apporté, en menant notamment une campagne spécifique de sensibilisation contre les discrimination en raison de l’orientation sexuelle, romantique et de genre ;
Qu’un fonds de soutien dédié aux lieux de culture queer, aux associations LGBTQIA+ et aux espaces de convivialité soit créé, afin de répondre notamment aux besoins urgents liés à des attaques, à des mises en conformité ou à des menaces de fermeture ;
Qu’un accompagnement juridique et administratif victimes de discriminations, comme les propriétaires et salarié·es du “Merci Marsha” dans leurs démarches judiciaires, soit mis en place.
Je suis, comme Annie Ernaux, une transfuge de classe venue d’une Normandie proche de la ruralité et j’ai commencé comme elle ma vie professionnelle en tant que professeur (d’Histoire-Géographie pour ma part). C’est d’ailleurs au sein d’un lycée que j’ai rencontré mon compagnon de vie, père de mes deux filles et grand-père de nos cinq petits-enfants.
Ce que j’ai aimé dans l’enseignement est la relation aux enfants (découvrir mon livre « Enfants d’ici, enfants d’ailleurs » ici) quelque soit leur âge mais j’aurais beaucoup à dire tant sur les méthodes éducatives que sur le contenu de l’enseignement de l’Histoire ; j’ai regretté à cette époque que le corporatisme des syndicats enseignants ne permette pas de développer ce versant de la critique de notre système éducatif et j’ai trouvé cette approche au GFEN, le Groupe français d’Éducation nouvelle.
J’ai eu la chance de poursuivre ma carrière hors l’Éducation nationale tout en conservant mon statut, comme enseignante détachée, ce qui était encore possible à l’époque. C’est ainsi que je suis arrivée à la CNMHS (Caisse nationale des Monuments historiques et des sites) aujourd’hui Centre des Monuments nationaux où je suis devenue chef du service éducatif dont la mission était de développer des services éducatifs dans les monuments gérés par cet établissement public. Cela a été une tâche passionnante du fait de la diversité des monuments qui permettait de développer des thématiques tout aussi variées, au croisement de l’Histoire et de l’architecture ; il s’agissait aussi de découvrir le sésame d’une méthodologie commune malgré la diversité des lieux à travers ateliers du patrimoine d’une journée et classes du patrimoine d’une semaine.
En cette fin du 20e siècle, on portait une attention nouvelle à la démocratisation des lieux muséaux. La DMF, Direction des Musées de France, était en pleine effervescence et je me passionnais pour ces apports inspirés, notamment, de l’exemple canadien. C’est ainsi que j’accueillis dans mon service un conférencier sourd et muet avec lequel je mis en place des conférences en langue des signes. La DMF avait donné l’exemple et j’ai un souvenir extraordinaire du vernissage qui eut lieu au Musée du Louvre de la première visite en langue des signes. C’est aussi dans ce contexte, que j’intervins à l’Université Paris VIII dans le cadre d’un cursus de gestion de projet culturel. Concomitamment, je fus chargée de mettre en place au sein de la CNMHS un service des publics. Tout était à imaginer et je m’entourai d’une petite équipe aux compétences complémentaires. Notre grande tâche fut de concevoir une méthodologie pour aider les administrateurs·trices à construire le projet du moment dont iels avaient la charge. La préoccupation était de proposer au public une lecture du monument à la fois historiquement juste et suffisamment attrayante .
L’arrivée d’un nouveau président à la tête de l’Établissement me conduisit à demander ma mutation pour un poste d’administratrice. Je fus nommée au Palais Jacques Cœur à Bourges et à la maison de George Sand à Nohant, deux monuments très dissemblables. Alors que je passais davantage de temps à Bourges où le caractère emblématique du monument fait de son responsable un acteur incontournable de la vie économique et touristique de la ville, c’est à Nohant que je pris le plus de plaisir. La maison a été donnée tardivement à l’État français par une des petites filles de George Sand et avant mon arrivée, seul un ABF (architecte des bâtiments de France) en avait eu la charge. Aussi, la maison était-elle quasiment inexplorée et lorsque je montai au grenier qui n’était pas accessible au public, je le trouvai dans son état initial. J’eus l’impression d’entrer dans la famille et me passionnai pour son histoire : George, ses enfants, son divorce, son féminisme avant l’heure et sa relation amoureuse avec Chopin dont je suis devenue une fervente auditrice ! Avec une jeune femme pianiste amateur expérimentée, nous avons créé une visite de la maison en musique qui eut du succès.
Après d’autres expériences professionnelles dont l’exploitation d’un cinéma d’art et d’essai dont je fis un lieu qui compte dans la vie sociale et culturelle orléanaise (festival sur le travail, avec des syndicats, LGBT avec une association, partenariat avec le CDN…), j’en arrive à la période actuelle celle de la retraite.
Je suis revenue à Paris où l’appartement familial m’attendait mais l’éloignement professionnel m’avait coupée d’une vie sociale de quartier. Je me suis rapprochée de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) car la question de l’égalité des droits est pour moi fondamentale et comme je souhaitais garder un lien avec le cinéma, j’ai fait d’une pierre deux coups en proposant de mettre en place un partenariat avec le cinéma Majestic Bastille. C’était il y a 14 ans. Depuis lors, d’autres associations (Autour du 1 er Mai, Amnesty et l’OIP) se sont jointes à ce partenariat qui est devenu l’Écran des droits et qui propose un dimanche par mois à 11h un film suivi d’une rencontre avec le plus souvent possible le/la réalisateu·trice et des intervenant.es spécialistes du thème qui porte toujours sur une question ayant trait aux droits humains dont le droit de vivre dans un environnement sain !
Je suis entrée au bureau de la section Paris 10.11 où j’ai exercé la fonction de secrétaire de longues années. J’ai aussi redonné de la force au groupe Éducation de la Fédération de Paris. Aujourd’hui nous intervenons dans un collège du 14e auprès de toutes les classes de 6e et de 4e et nous soutenons des concours de plaidoiries dans plusieurs lycées parisiens. Je participe à un groupe de réflexion sur le racisme et nous avons invité plusieurs personnalités connues dans ce domaine (Pap NDiaye, François Héran, Didier Fassin, Lilian Thuram…) ; nous avons contribué à faire reconnaître la dimension systémique du racisme qui fait que nous vivons dans un État où nous n’avons pas tous·tes les mêmes droits et ne sommes pas soumis.es aux mêmes injonctions cf. les contrôles au faciès. Nous avons participé activement à un atelier de théâtre forum qui a abouti à la création d’un spectacle présenté à la Maison des Métallos « Tu viens d’où, toi ? » et nous avons rempli deux fois la grande salle. Depuis l’an dernier, nous travaillons plus spécifiquement sur les conséquences de la colonisation notamment dans les territoires français d’Outre Mer.
Enfin, depuis plusieurs mois, je collabore à la mise en place d’un collectif Doléances avec des partenaires du 11e ; il s’est agi de récupérer les doléances de notre arrondissement déposées aux Archives départementales. L’une d’entre nous a numérisé les plus de 700 priorités et autant de solutions qu’à plusieurs nous avons analysées afin de préparer le travail de l’IA qui a permis de présenter un compte-rendu fidèle au matériau récupéré et nous redonnons vie à ces doléances qui font écho aux mouvements citoyens actuels.
Malgré mon âge, il m’importe de préserver le futur tant sur le plan politique, pour une démocratie pleine et entière, qu’écologique. En outre, toute cette vie sociale est fantastique. Les relations humaines qui s’y créent aident à tenir bon malgré l’effroi face au monde tel qu’il va. En outre, cela ne m’empêche pas de consacrer du temps à ma famille, mes ami.es, la vie culturelle, les vacances…
Artiste-peintre français d’origine américaine, installé à Paris depuis presque 30 ans, Marcus McAllister tisse ses images dans un va-et-vient entre carnet, dessin et peinture. Ce mouvement crée des œuvres à multiples lectures, où apparaissent des figures brouillées de symboles et de signes. Son travail traverse les frontières avec une spiritualité protectrice de toute forme du vivant.
La rencontre
Un jour de mai 2024, Sébastien FRASQUE de « ça se visite » – lien vers son site – me propose d’aller aux journées « Portes Ouvertes de Belleville » pour voir des ateliers d’artistes. Ayant toujours aimé la peinture et ma fille faisant des ateliers d’éveil pictural depuis toujours, je l’accompagne sans hésiter dans le nord du 11e. Si chaque atelier d’artiste est différent, celui de Marcus McAllister, au 152 rue Saint Maur, ne peut pas vous laisser indifférent tant l’atmosphère apaisante et joyeuse qui se dégage de ses tableaux est bénéfique. « Il y a de l’âme, de la féerie douce là-dedans et enfin, un profond respect du vivant. Ah, il y a de la connexion ! » me dis-je.
Fauchée pour lui acheter un tableau, je profite alors de son exposition d’avril 2025, « Le laboratoire de l’alchimiste » à la galerie Polysémie située dans le Marais pour reprendre contact. Je lui propose de l’interviewer pour en savoir plus. Cet artiste m’intrigue car je le sens si sûr dans sa démarche artistique et où il doit aller, que je souhaite savoir justement d’où il vient et quel a été son chemin. Il accepte et je repars avec la carte d’un de mes tableaux préférés, « Sérénité ». Alors comment un artiste franco-américain et une militante écologiste franco-péruvienne vont pouvoir échanger ? Nous avons en commun, déjà, le fait de traverser les frontières.
Au printemps 2025, Marcus, tout sourire, m’ouvre sa porte et m’accueille avec sa pointe d’accent américain avec un thé et un cake fait maison. S’il me livre que sa vie de couple avec son homme, le mène vers de nouveaux projets personnels, il me parle aussi de son passé, de son arrivée à Paris, de ses fragments de vie et de ce qui lui importe dans sa vie d’artiste. Il me montre certains de ses tatouages qu’il appelle ses « constellations de mémoire » ou « molécules de pensées », des formes fictives assimilées à des sigils. Ainsi, dans l’intimité de son atelier ou plutôt de son laboratoire du 11e, peu à peu, je rentre dans son univers pour mieux en comprendre les messages et réaliser qu’il est en quelque sorte un médiateur entre le monde de l’invisible et celui de la peinture. Il me fait penser un peu à Kupka mais je ne lui dis pas ; tous les artistes sont uniques. Et si peindre l’invisible était finalement possible ?
Origines et formation : Une affirmation de l’être avec force de caractère
Tu as beaucoup voyagé dans ton enfance étant donné la profession de ton père, notamment en Allemagne et tu es originaire de l’Arkansas. Avec quelles racines tu t’es construit ?
Oui, j’ai commencé en étant entre deux mondes. Mais en France quand on gratte un peu, tout le monde est un peu d’ailleurs surtout à Paris. Mes amis ont souvent un parent d’origine étrangère. C’est métissé ! J’ai eu une éducation catholique et je suis allé au Lycée catholique de Little Rock (Arkansas). Dans les années 80, la population catholique était de 3% donc assez minoritaire car là-bas, ce sont plutôt des protestants.
Marcus à 7-8 ans Texas, États-Unis.
Au lycée, je disais que je souhaitais retourner en Europe mais en pensant à l’Allemagne et finalement je suis venu en France et voilà !
Mis à part les Beaux-Arts as-tu bénéficié d’autres enseignements ? Tes études aux Beaux-Arts t-ont-elles permises de t’affirmer ?
Aux États-Unis c’est plus facile de changer de filière qu’en France. Je n’aurai jamais fait les Beaux-Arts ici car je ne proviens pas d’une famille d’artistes. En tant que premier de la classe au lycée, j’étais censé être ingénieur mais j’ai décidé de faire Architecture (sciences et arts) et mes parents étaient à cette époque enthousiastes et disaient « ça c’est sérieux ! ». Puis j’ai changé pour faire du Graphisme. Mais à chaque fois que cela devenait une matière appliquée, je décrochais car ce n’est pas ce que je voulais faire ; ça ne m’intéressait pas. J’ai commencé à prendre des cours de peinture en même temps et mes parents s’opposaient ; ils avaient peur et me soutenaient tout de même. À la fin, j’étais indépendant et c’est moi qui payais les prêts, avec mes petits jobs. J’ai fini par obtenir mon diplôme des Beaux-Arts.
C’est curieux car j’ai connu quelques amis artistes et c’était comme une vocation pour eux tandis que pour toi, le choix des Beaux-Arts a été fait presque par « élimination ». Si je comprends bien cela t’a permis de te libérer de l’influence parentale ?
Oui il y a un côté « élimination » car j’ai testé d’autres choses. À vingt ans, j’ai fait mon coming out et j’étais avec les garçons et mon père avait dit « Ah ça, c’est les Beaux-Arts ! » alors que c’était faux. À ce moment-là, j’ai vu comme un horizon aussi de pouvoir quitter la famille grâce à la peinture. Pour de vrai, je sentais depuis longtemps que la peinture était là en moi et que je voulais faire ça. C’était une affirmation de mon être. La question était de trouver le chemin pour le faire.
Aux États-Unis, j’ai bénéficié de beaucoup de cours de dessin mais aussi de beaucoup de cours d’Histoire de l’Art. J’ai l’impression que c’est moins conceptuel qu’ici. Après mon diplôme, je ne voulais pas faire de « l’Illustration » ou du « Graphisme » car je pressentais que cela allait prendre toute la créativité et je voulais garder ça pour moi quitte à travailler dans des cafés et à faire plein de jobs pour continuer à peindre. J’ai passé ensuite quatre ans à New-York après les Beaux-Arts et là, tout le travail autour de mes carnets est devenu important. Mes carnets étaient la base car je me posais des questions. Là, ce n’était plus pour l’école, ce n’était plus externe. Ma motivation était vraiment interne.
De New-York à Paris
J’ai l’impression que ces carnets qui sont de couleur rouge, sont « ton fil rouge ». Malgré les déménagements, le changement de pays, tu les as toujours gardés ?
Oui j’appelle ça « l’estomac onirique ». Donc c’est comme un organe. C’est aussi comme un pays finalement. Ces carnets, c’est mon territoire. J’ai plus de 35 ans de carnets. Celui qui est en cours est le 145e. Ils sont rouges d’une marque française, Sennelier. J’avais trouvé quelques carnets à New York et en général on n’en trouve pas aux États-Unis et quand je suis arrivé en France, j’ai vu la boutique Sennelier et je continue depuis à les utiliser. Ces carnets, c’est effectivement mon fil rouge. J’y écris et dessine mes rêves. Mon travail est très onirique.
Pourquoi avoir déménagé en France ?
Je suis allé à New-York sur un coup de tête et j’y suis resté quatre ans mais au bout d’un an, je ne me voyais pas devenir vieux là. Je voulais prendre cette énergie pour aller ailleurs. En 1995, la France m’a renversé comme un camion. J’avais rencontré début 1995, une française à New-York qui m’intéressait beaucoup. Nous avons eu une histoire qui a duré plus de deux ans et à présent, c’est l’une de mes meilleures amies. Je n’étais pas aussi homo que je le pensais ! La vie est compliquée. C’est comme ça que je suis arrivé en France, à Paris. Je ne parlais pas un mot de français mais je suis du genre à suivre mon instinct. J’ai dû réfléchir pendant longtemps à pourquoi la France. Je n’étais pas particulièrement francophile, ni « Ratatouille » ou « Amélie Poulain ». Au lycée, je disais que je souhaitais retourner en Europe. Donc j’avais ce truc de l’Europe du fait de mon vécu en Allemagne. Je suis venu une première fois à Paris, une dizaine de jours et je n’ai eu que de bonnes rencontres ! Paris c’était l’ailleurs que je cherchais ! Je savais que c’était ici. Je me sentais bien. J’ai appris le français avec des cours à la Sorbonne pendant un semestre ; j’apprenais les bases tout seul. Je faisais des va-et-vient avec les États-Unis mais en 1997, je me suis installé de manière définitive même s’il y a eu une rupture avec ma copine. Finalement, je n’étais pas en train de venir en France pour elle mais je sentais en France, une énergie où je me sentais chez moi. J’ai aussi été attiré par la France car j’ai toujours été féru de Moyen-Âge. J’adore ce que le fantastique du Moyen-Âge véhicule et j’ai beaucoup lu aussi sur l’histoire de cette période. Par exemple, j’ai beaucoup travaillé sur la quête du Graal, la légende arthurienne, etc. D’un autre côté, même si je ne suis plus pratiquant, je me sens assez à l’aise en tant que catholique en France même si je ne communie plus. Et puis, j’ai vécu à Bâton Rouge en Louisiane où chez les Cajuns, il y a une certaine fierté de leurs racines françaises et ça m’a ouvert une sensibilité pour la France. J’étais aussi prédisposé à aimer Paris de part l’Histoire de l’art (le modernisme avec Picasso, surtout la période rose, j’aime la liberté des formes). En fait il y avait beaucoup de choses qui me préparaient à la France.
Es-tu toujours catholique ?
Aux États-Unis, je vais à la messe avec ma mère mais je ne communie pas. En France, cela m’est arrivé d’y aller aussi. Je me sens catholique car j’ai été élevé par mes parents avec beaucoup d’amour dans cette religion. Cela m’a donné une structure. C’est plus facile d’abattre ou de bouger les murs de cette structure que de la créer. Mais parfois, j’ai plutôt l’impression que c’est l’Église qui m’a quitté plutôt que l’inverse. Concernant la spiritualité, finalement je suis « animiste syncrétique ». Je considère qu’il y a de l’âme en tout. Je suis « syncrétique » dans le sens où je pioche où je veux dans plein de traditions (vaudou, chamanisme mongol, etc.) mais ma langue maternelle est le catholicisme. Par ce biais, j’aborde beaucoup de vérités. Et je préfère dire « oui » à plus de choses que de dire « non ». À un moment donné, quand j’étais à l’Université aux États-Unis, j’étais à la fois militant LGBT et aussi très actif en tant que catholique avec un prêtre progressiste. Je naviguais entre les deux et dans chacune des communautés, il y avait des gens qui me disaient : « Non, tu ne peux pas être avec les catholiques » ou « Non, tu ne peux pas défendre le mouvement LGBT ! ». Je trouve que les catholiques sont associés en France plutôt à la droite et politiquement parlant, je suis plutôt « Verts » car les socialistes m’ont trop déçu.
De l’importance du rêve !
Que dessines-tu dans tes carnets ?
Mon travail est très onirique mais mes rêves ne sont pas comme mes œuvres. Je dis toujours que mon travail ne consiste pas en des illustrations de rêves. Mes rêves ne sont pas comme mes œuvres. Moi, je veux que mes œuvres émergent comme des rêves. Je ne dessine pas mes rêves ; je veux que le dessin arrive sur la page du carnet ou sur la toile comme le rêve arrive dans le sommeil. Quand je travaille, je souhaite retrouver une sorte de rêve éveillé.
Quelles sont tes méthodes de travail pour y parvenir ?
Je mets des fonds sur les toiles et j’ai des photos de référence. J’ai beaucoup de photos et d’images que j’accumule depuis les Beaux-Arts, classées dans des dossiers. Je prends des images par thèmes des tableaux. J’essaye de voir à partir de ça, j’essaye des trucs, je projette. Je pose un truc et ça me fait partir quelque part ; je pose dans le carnet et d’autres choses arrivent. Je suis toujours en train de touiller. Je n’ai jamais une idée et c’est fini et je l’exécute comme on fait du coloriage. Je tâtonne et je cocrée avec la matière et les images. J’aime la figuration mais trop autrement cela devient de l’illustration et c’est un peu mort car trop figé. Mais trop d’abstraction, ça devient de la décoration. Donc trop de dessin ça tue et pas assez de dessin ça ne décolle pas. C’est vraiment une alchimie à trouver. De même, j’essaye de trouver un peu de structure mais pas trop car autrement c’est un carcan et pas assez, tu es dans un marécage. Les deux sont mortifères. Dans mes tableaux, j’essaye de trouver une structure de dessin, de couleurs, de maîtrise, d’être conscient et en même temps de laisser une place à l’ouverture. Et les légendes de mes tableaux sont plutôt, des clés.
En quoi tes tableaux sont « organiques » selon toi ?
A mon sens, le thème de la transformation et celui de l’alchimie subtile entre une conscience humaine et animale sont bien présents dans tes tableaux. Comme je le disais auparavant la façon dont je fais venir les tableaux, pour moi c’est vraiment organique. Ce n’est pas conceptuel. Ce n’est pas non plus purement instinctif et cela n’empêche pas d’avoir bien sûr plein d’idées et je me nourris de beaucoup de choses dont la littérature mais j’aime bien que tout cela arrive presque à mon insu. En fait je veux me faire surprendre par mon travail. C’est pour moi le plus important. Avec les carnets, c’est un travail quotidien et c’est intéressant d’ajouter petit à petit et de voir ce que ça donne dans le temps. Pour moi ce qui organique c’est lié à la connexion, au lien. Par exemple dans la littérature il y a une connexion qui peut se passer entre les êtres crées. Cela provient d’une vraie interaction. L’interaction et la communication créent aussi le vivant. Je suis contre les productions qui proviennent de l’IA ; c’est trop rationnel et ça crée des dégâts écologiques.
Est-ce que l’inconscient collectif est un sujet qui t’intéresse ?
J’ai toujours aimé les contes de fées, les légendes et les archétypes. Adolescent, j’aimais le fantastique. Dans mon travail, les animaux représentent souvent le bestiaire médiéval. J’ai aussi fait beaucoup de recherches sur les Indiens, le chamanisme de Mongolie et la symbolique des animaux m’intéresse énormément. Et j’ai aussi beaucoup lu Carl JUNG. Je pense que si je n’avais pas fait les Beaux-Arts, j’aurai fini comme psychothérapeute jungien. Quand on se connecte aux rêves, il ne faut pas trop rationaliser, car autrement ça se dessèche. Les dictionnaires de rêves, c’est trop sec. Pour moi, tout est vivant et les symboles se transforment. C’est pour cela que j’apprécie le chamanisme car tout est métaphore. Le chamanisme parle de voyages avec d’autres esprits, j’adore tout ça ! Et tout est récit. Le propre de l’humain et du vivant est de créer des histoires. C’est pour ça que je dis que tout est vivant. Ce n’est pas juste la nature au sens naturaliste, les animaux, les plantes, etc. qui est important. C’est le récit qui est important. Les animaux de mes tableaux sont importants dans le sens où ils véhiculent des symboles tout comme nous nous véhiculons des archétypes. Il y a cet invisible qui est la métaphore qui est le récit. C’est comme les chamanes et leurs liens avec les esprits, c’est le récit que l’on en fait qui est source de vivant et donc ça, c’est l’invisible. J’élargis ma définition du vivant.
Quelles sont les questions que tu souhaites soulever à travers tes toiles ?
Mes tableaux sont des questions et non des réponses. C’est comme si je trouvais une réponse et c’est à moi de deviner la question.
Est-ce que tu pourrais nous l’expliquer plus concrètement avec un tableau par exemple ?
Si on prend ce tableau avec cet homme debout avec ce fond orangé, ensuite j’ai utilisé un pochoir pour faire un fond, le personnage, c’est un homme qui marche c’est un lien avec le chevalier qui part vers une quête. Je place des éléments que je trouve sur mon chemin créatif. Ensuite, je prends de la distance pour interpréter cette grammaire, ces éléments de vocabulaire et lui donner un titre. Dans ce tableau, c’est un personnage à la fin d’un conte qui part sur une autre aventure. Pour moi ce tableau, me rappelle qu’il n’y a jamais une fin. Pour prendre autre exemple, les cerfs sont présents dans mes carnets depuis toujours. J’ai fait une série d’exposition « Porteur d’éclat » car en faisant le travail sur les cerfs, je me suis interrogé sur leur symbolique. Pour moi, les bois des cerfs sont des antennes qui captent et ils sont à la fois enracinés. Le cerf apparaît aussi avec Saint Hubert. Cet aristocrate croise dans la forêt un cerf avec un crucifix dans les bois ; c’est un message du Seigneur. En même temps, le cerf blanc dans la culture celtique est un symbole puissant et associé à l’au-delà. On a aussi dans la mythologie grecque, Actéon dévoré par ses propres chiens et transformé en cerf car il a vu Diane nue, prenant son bain. Pour revenir au Cerf blanc de mon tableau il apporte un éclat, une lumière. J’ai fait aussi une exposition sur les mains « Permanence du lien » avec toute la symbolique de la main : la main tendue, les mains soutenantes de mon père, la main qui accueille. Je compose mes expositions à travers un vocabulaire que j’ai déjà travaillé. Cela m’encourage à continuer. Pour capter l’invisible, il faut accepter de ne pas savoir où je vais. C’est en faisant en créant que je vois peu à peu où je vais. Dans ma peinture, je veux positiver. Je veux trouver le mieux et tendre vers le Bien ici et maintenant. C’est un choix. Dans la vie, j’essaye d’être optimiste sans être factice. Je mets des graines positives, et à Paris il faut laisser le temps d’apprivoiser les Parisiens…
Oui, alors comment s’est passé ton intégration à Paris ?
Je pense que les Français et les Parisiens adorent l’enthousiasme mais il faut savoir le doser. Un ami américain, m’avait dit qu’en France j’allais avoir du mal car je souriais trop. En fait je n’ai pas eu de problème. Dès mon arrivée, je faisais un petit sourire avec les yeux et les Français adorent le charme. Je comprenais aussi les règles de politesse car dans le Sud des États-Unis, la politesse est importante, beaucoup plus que dans le Nord. Il faut bien dire « Bonjour » avant de demander quoique ce soit. Ces codes de la politesse m’ont aidé à m’intégrer. Pour la langue française cela a été un peu compliqué. Au début, j’évitais de me rapprocher de l’anglais. C’est l’immersion qui est importante. Je n’ai jamais été aussi fatigué que la première année en France. Je dormais avec le dictionnaire français. Maintenant, ici c’est chez moi et je suis français. Quand je vais aux États-Unis il y a des choses qui me choquent. Ce que j’aime dans la vie c’est que tout est changeant. Rien n’est fixe. Il faut l’accepter.
Ton atelier est rue St Maur, que penses-tu du 11e arrondissement ? As-tu trouvé une sorte « d’enracinement » dans le 11e ?
J’aime bien le 11e, je suis dans cet atelier depuis 1999. Dans le haut du 11e, c’est très mélangé. Ici par exemple, c’est vraiment chouette d’avoir une synagogue assez orthodoxe juste là, une mosquée assez traditionnelle, là. Il y a cette église qui est juste en face. Il y a des mémés françaises et il y a beaucoup d’homo maintenant aussi ici. Ce n’est plus le Marais car il est devenu trop cher. Donc il y en a beaucoup dans ce quartier. Si tu montes, tu as tous les Tunisiens et il y a ce côté maghrébin vers le boulevard et ensuite il y a un quartier chinois. Et tout ça est là et il y a une bonne harmonie je trouve. J’ai connu ce lieu par les Portes ouvertes de Belleville en tant que spectateur en 1996 et 1997. Avant de vivre ici, je recherchais mon atelier dans ce coin. Quand, j’ai emménagé ici, je me suis vite mis en contact avec des amis artistes pour savoir comment m’inscrire afin de participer à ces portes ouvertes. J’y ai exposé en 2000 pour la première fois. Et je participe à chaque printemps aux Portes Ouvertes de Belleville, mon atelier y est ouvert à cette période et aussi pendant l’année, sur RDV (sauf le matin). J’ai eu beaucoup de bol de trouver cet endroit. J’y apprécie le pluriculturalisme. Je suis dans cet atelier depuis 26 ans. Je suis bien enraciné !
Retrouver les œuvres de Marcus McAllister et suivre son actualité :
Mohamed et Aurélie BOUKATHEM, fondateur et fondatrice de Sneak’CoeurZ
Nous avons grandi dans la même ville et fait nos études dans le même lycée, sans jamais nous rencontrer. C’est en 2015, dans la salle de sport de Mohamed, grâce à des amis communs, que nos chemins se sont enfin croisés. Très vite, nous sommes devenus inséparables. Et quelques années plus tard, nous avons fondé une famille avec nos deux enfants.
2020, la pandémie
La fermeture de la salle. Mais pour nous, pas question de rester immobiles. Face à l’urgence sociale, on ne pouvait pas rester sans rien faire. Alors on a réagi.
D’abord avec des collectes alimentaires, puis de textiles. Et un jour, un bénévole est arrivé avec quelques paires de baskets. On a vu clair : il y avait là quelque chose de puissant.
On a rapidement découvert qu’il existait un vrai vide dans la filière de revalorisation des chaussures.
La plupart des baskets collectées sont envoyées à l’étranger, sans être triées, ni réparées.
Pourtant, elles avaient encore tant de potentiel. On a creusé. Mohamed est allé se former chez un artisan à Arras. Il a appris à restaurer, à redonner vie. Il m’a tout transmis.
Sneak’Cœurz est né.
Ensemble, nous avons bâti un nouveau projet. Un projet de cœur, un projet de sens.
Notre concept :
Collecter
Rénover
Redistribuer à ceux qui en ont besoin
Ou revendre à prix solidaire
C’est un modèle circulaire, ancré dans l’économie sociale et solidaire, avec une ambition claire : redonner de la valeur aux objets… et aux personnes. Grâce au soutien de tout l’écosystème de l’ESS, le projet a grandi à une vitesse folle. De quelques paires au départ, nous sommes passés à plus de 30 000 paires collectées et 10 000 rénovées en 2024.
Notre première boutique à Champs-sur-Marne, bien que chère à notre cœur, est rapidement devenue trop petite. Et puis, Paris nous a ouvert ses bras.
Le 3 juin 2025, nous avons inauguré notre deuxième boutique rue de Charonne, dans un quartier engagé, au cœur d’une ville profondément tournée vers les valeurs de solidarité. L’accueil a été incroyable.
Notre boutique est modeste, oui. Mais elle est vivante. C’est plus qu’un lieu de vente. C’est un espace de sensibilisation, d’engagement et de transmission. Un endroit où l’on vient acheter une paire, mais d’où l’on repart avec une prise de conscience.
Un rêve devenu réalité.
Chaque paire de baskets restaurée est une seconde chance. Pour celui ou celle qui la portera, mais surtout pour nos salariés en insertion, qui les rénovent avec passion. Ce sont eux les véritables héros de Sneak’Cœurz. Des personnes aux parcours souvent fragiles, cabossés, qui chaque jour relèvent les manches pour nettoyer, réparer, former, transmettre et animer nos ateliers auprès du grand public.
Et nous ? Nous sommes là pour les accompagner, les écouter, les soutenir, les valoriser. Parce qu’au fond, c’est ça le sens de notre projet.
Et maintenant ?
Nous voulons aller plus loin. Nous voulons que consommer de la seconde main plutôt que du neuf devienne un réflexe. Que chacun réalise qu’il est plus durable, plus solidaire et plus stylé de rénover plutôt que de jeter.
Parce qu’aujourd’hui, chaque paire que l’on vend porte une histoire. Une histoire de résilience. Une histoire d’espoir. Une histoire d’humanité.
Pour nous retrouver
Boutique Sneak’Coeurz – 141 rue de Charonne – 75011 PARIS
Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 20h et le samedi de 11h à 20h
Sa mère est morte. Son père l’a chassé de l’atelier où elle vivait avec son enfant. Elle nomadise avec un pied cassé. Sa vie peut commencer.
Un jour un pied cassé lui a appris à marcher
Papier
A la rue, hébergée par les amis, elle reçoit, comme seule aide de la mairie de Paris, un bon pour du beurre gratuit ! Alors en riant, elle écrit :
Papier gris j’suis saisie saisie quoi saisie qui j’ai plus rien j’vous dis papier gris j’suis saisie papier jaune bon pour du beurre gratuit c’est gentil c’est la mairie d’Paris y’a qu’une chose j’mange pas d’beurre papier jaune
Drôle de vie vie d’papiers vie d’cartons j’croyais vous avoir rangée pour mieux vous brûler mais la vie ça m’poursuit papier blanc vie d’papiers couleurs papiers d’papiers mâchés Pas pied
Fenêtres, portes et cafés
Assis devant la fenêtre de la cuisine il regarde la respiration du marronnier. Le Temps coule à travers lui. Il ne le retient pas.
Le ciel et moi on se regarde une fenêtre nous sépare
Il boit du thé. Tout est bien. Où est parti le Temps ? S’ennuyer il ne sait pas, car même quand il s’ennuie, il jouit de cet ennui qui, alors, n’est plus ennui. Il le goûte, l’observe, le déguste à petites secondes, celui-ci disparaît et devient écoute. Depuis toujours, il apprécie et recherche la solitude. C’est dans la solitude qu’il n’est pas seul.
Les fenêtres murées comme des portes ouvertes sur des questions non posées
Il y a des jours où parler il ne peut pas, voir du monde il ne peut pas. Mais toujours, il y a dans sa vie les livres qui lui sont des portes ouvertes sur d’autres mondes à vivre. L’agitation sociétale ne l’a jamais vraiment intéressée, pourtant il aime rencontrer des amis et des inconnus. Il aime s’asseoir dans un café à la rencontre d’autres vies, pour lui c’est un peu comme
s’asseoir dans la forêt pour écouter la vie des arbres et des animaux. Les cafés sont les théâtres qui lui permettent, dans cette vie, de vivre d’autres vies. Un café est une porte ouverte sur le monde. Un lieu où rêver, observer, travailler, rencontrer. Un lieu pour connaître d’autres vies, d’autres goûts et, peut-être, se trouver. Il aime les moments où, seul à la terrasse d’un café sur une toute petite place, il regarde les arbres, les voitures, les passants. Dès que le soleil arrive, Il est un lézard des villes. A Paris, il y a des lieux où le ciel s’échappe pour prendre toute la place alors il s’y enivre.
Sous le regard de la nuit qui s’enrose la rue se deshabille et pose rue de la Grange-aux-Belles chez Adel
A la Caféothèque, la table ronde près de la fenêtre lui offre les bras d’un fauteuil où se poser et voyager. C’est un lieu où les vagues de la mer se reposent.
Devant la glace une grosse dame en rouge se serre la ceinture Angelina – 1er étage – rue de Rivoli
Au Rivolux un bon sandwich n’est pas du luxe ! Et du Sélect à la Coupole elle prend un taxi pour faire pipi. Les toilettes y sont si jolies !
Extraits: « Balade Paris Ballades » « J’ai allumé ma vie » (Edilivre)