Un conseil de Paris pour lutter contre l’ultra-fast fashion

Conseil de Paris

Au Conseil de Paris de novembre, le groupe Les Écologistes a déposé plusieurs vœux pour continuer notre combat contre l’ultra-fast fashion :

01 -Vœu relatif à la lutte contre l’ultra-fast fashion et l’implantation de Shein au coeur de Paris

Déposé par Frédéric Badina-Serpette, Nour Durand-Raucher, Jérôme Gleizes, Fatoumata Koné et les élu·es du groupe Les Écologistes.


Considérant, que le groupe chinois Shein, symbole mondial de l’ultra fast fashion, vient d’ouvrir un espace de vente au sein du BHV, établissement emblématique du centre de Paris ;


Considérant que le modèle économique de Shein repose sur une production industrielle massive et accélérée, atteignant un million de vêtements produits chaque jour en 2023, soit l’équivalent de 20 000 tonnes de CO₂ émises quotidiennement, et qu’elle met sur le marché 7 000 nouveaux modèles par jour, dont la durée de vie moyenne n’excède pas dix jours sur la plateforme ;
Considérant que la production textile mondiale représente déjà 10 % des émissions de gaz à effet de serre, et que ce chiffre pourrait atteindre 26 % d’ici 2050 si les tendances de surconsommation se poursuivent, selon l’ADEME ;


Considérant que 38 % des émissions de Shein proviennent du transport aérien de ses marchandises, soit environ 9 000 tonnes de produits expédiés chaque jour, mobilisant près de 90 Boeing 777 quotidiennement ;


Considérant que la production de vêtements constitue également une catastrophe hydrique et chimique, un simple t-shirt nécessitant 2 700 litres d’eau, soit la consommation moyenne d’un Français sur 17 jours, et que l’industrie textile rejette chaque année 240 000 tonnes de microparticules plastiques dans la nature, tout en consommant des volumes d’eau colossaux, le secteur étant le troisième plus grand consommateur d’eau au monde ;


Considérant qu’en Europe, 80 % des 4 millions de tonnes de textiles mis sur le marché finissent enfouis ou incinérés, et qu’à l’échelle mondiale 15 à 30 % de la production est détruite avant même d’avoir été vendue ;

Considérant que Shein est désormais le premier émetteur mondial de CO₂ du secteur textile, avec 16 millions de tonnes de CO₂ émises en 2023, et plus de 18 millions de vêtements invendus ;

Considérant que la DGCCRF a récemment infligé à Shein une amende de 40 millions d’euros pour pratiques commerciales trompeuses ;


Considérant que la CNIL a par ailleurs sanctionné Shein d’une amende de 150 millions d’euros pour manquements graves à la protection des données personnelles, car son modèle repose sur une exploitation systématique des données et sur l’usage intensif de l’intelligence artificielle pour optimiser les manipulations d’achat via des dark patterns (interfaces truquées) destinées à capter l’attention et pousser à la surconsommation ;

Considérant que cette même intelligence artifi cielle est utilisée pour copier illégalement des créations de marques reconnues et de créateurs et créatrices indépendant.es ;

Considérant que les conditions de production dans les usines sous-traitantes de Shein sont particulièrement préoccupantes, que selon l’ONG suisse Public Eye, les ouvriers y travaillent en moyenne 75 heures par semaine, sur six à sept jours, pour des salaires compris entre 600 et 800 euros mensuels, dans des conditions contraires au droit du travail chinois, et que des témoignages ont également fait état de la présence de mineurs dans certaines filiales ;

Considérant que plus de 95 % des produits Shein vendus en Europe dépassent les limites légales de substances chimiques dangereuses (phtalates, formaldéhyde) ou contiennent des produits nocifs pour la santé humaine et l’environnement ;

Considérant que la stratégie de Shein, alimente une addiction à l’achat compulsif : jusqu’à 45 % des consommateurs déclarent regretter leurs achats, tandis qu’un vêtement Shein est porté en moyenne moins de 30 fois avant d’être jeté ;

Considérant que cette surconsommation de masse détruit les circuits locaux et les emplois qualifiés, la fast fashion ayant contribué à la disparition de plus de 310 000 emplois dans l’industrie textile française depuis les années 1990, au profit d’une délocalisation généralisée ;

Considérant que sous couvert de redynamisation commerciale, Shein contribue en réalité à mettre en danger l’ensemble des commerçants indépendants, qui font face à une concurrence déloyale, à rebours des ambitions climatiques et sociales portées par la Ville de Paris ;

Considérant, enfin, que la plateforme Shein a récemment mis en vente des “poupées sexuelles” à l’effigie d’enfants, pratique scandaleuse contraire à tous les principes éthiques et juridiques, qui témoigne du cynisme d’une entreprise prête à tout pour générer du profit, y compris en banalisant la représentation de la pédocriminalité ;

Considérant que des investigations ont mis en lumière la commercialisation, par la plateforme Shein, d’armes blanches interdites à la vente sur le territoire français, illustrant une nouvelle fois l’absence de contrôle et de responsabilité de cette multinationale vis-à-vis des lois françaises et européennes ;

Considérant que le rôle des élu·es est de soutenir de commerce de proximité et de protéger les consommateurs ;

Sur proposition de Frédéric BADINA-SERPETTE, Nour DURAND-RAUCHER, Jérôme GLEIZES, Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes, le Conseil de Paris émet le voeu que la Ville de Paris :

  • interpelle l’État sur les raisons de sa tolérance, et notamment son lien avec les conflits d’intérêts d’anciens membres du gouvernement comme M. Christophe Castaner, qui fut jusqu’à cet automne lobbyiste pour la marque.
  • mette en œuvre tous les moyens à sa disposition pour faire cesser la vente de produits Shein au BHV,
  • s’engage à refuser toute autorisation d’occupation du domaine public ou tout partenariat impliquant la promotion de la marque Shein ou d’autres acteurs de l’ultra fast fashion,
  • interpelle l’État sur l’absence de régulation nationale du secteur de la fast fashion malgré un vote dans ce sens à l’unanimité de l’Assemblée Nationale en mars 2024, mettant en contradiction les engagements climatiques de la France avec la tolérance accordée à des acteurs tels que Shein.

02 -Vœu relatif à laccord entre La Poste et Temu

Déposé par Jean-Philippe Gillet, Raphaëlle Primet, Ian Brossat et les élu·es du Groupe Communiste et Citoyen et Frédérique Badina-Serpette, Fatoumata Koné et les élu·es du Groupe Les Écologistes